L'ancestral moulin à eau prend un coup de neuf. Michel Dubas, professeur à l'institut Systèmes industriels de la HES-SO Valais, en a redessiné la roue pour en faire une petite centrale hydroélectrique. Le bois a été abandonné au profit de l'acier inoxydable. La forme des aubes a été choisie afin d'optimiser le remplissage des augets. La roue est désormais montée sur des roulements à billes. Une génératrice a pris place à l'intérieur et fournit du courant électrique. D'un diamètre de 1 mètre et d'une largeur de 30 centimètres, elle produit une quarantaine de watts, pour un débit de 8 à 10 litres par seconde.

Dénommée PHEDRE (picocentrale hydroélectrique développée à partir d'une roue à eau), cette installation possède un bon rendement énergétique. Toutefois, sa puissance est faible par rapport aux usages courants. Raison pour laquelle elle est reliée à une batterie qui stocke l'énergie durant tout le temps que la roue tourne. L'utilisateur dispose ainsi d'une réserve qui lui permet d'utiliser momentanément des appareils consommant plus que les 40 watts disponibles.

Ce type de microcentrale pourrait par exemple équiper des chalets isolés du réseau électrique mais proches d'un cours d'eau. La production d'électricité de la semaine suffirait à la consommation du week-end: éclairage, télévision et autres appareils électroménagers. Par rapport à des panneaux solaires photovoltaïques, un tel système a l'avantage de fonctionner 24 heures sur 24 quelles que soient les conditions d'ensoleillement.

L'étape commerciale

La HES-SO Valais a conçu la machine hydraulique ainsi que la partie électrique. Elle a ensuite cherché un partenaire industriel intéressé par la fabrication et la commercialisation d'un produit de ce type. Le Groupement des équipementiers valaisans (GEVs), qui réunit cinq entreprises valaisannes de sous-traitance en mécanique et électricité, a été séduit par l'idée. Il a construit le premier prototype qui a été présenté à la foire Swisstech 2006 à Bâle. Du point de vue technique, la roue fonctionne à satisfaction. Il reste à mettre en place le dernier échelon: la distribution et la vente. Le moulin devrait être commercialisé à un prix de 2000 à 3000 francs. «Nos partenaires industriels doivent maintenant consacrer l'énergie et les moyens nécessaires pour mettre ce produit sur le marché, note Serge Amoos, responsable de la communication au sein de l'institut. Ce n'est pas la mission d'une école d'ingénieurs de commercialiser de telles installations: nous n'avons en effet aucune infrastructure de production ni aucune ressource pour en assurer la mise en service ou la maintenance.»

D'autant qu'en dehors d'un marché local relativement réduit, c'est en Asie du Sud-Est, dans les Carpates ou l'Atlas qu'il faudra aller les vendre, dans ces régions où l'eau est abondante et les infrastructures quasi inexistantes. Sa simplicité et sa rusticité, alliées aux faibles coûts de fabrication et de maintenance, y seraient des avantages importants.