«L'industrie de la robinetterie nous était inconnue. Et c'est devenu l'un des plus importants projets de notre école», raconte Marc-Edouard Inaebnit, responsable du laboratoire de productique et de robotique (LPR) de la Haute Ecole Arc, qui relie les écoles d'ingénieurs de l'Arc jurassien.

Le projet consiste à mettre au point des cellules de meulage et de polissage de nouvelle génération pour le compte de Similor Kugler, société genevoise filiale de SimilorGroup, qui emploie 250 personnes pour la production de robinets de prestige. Certaines travaillent désormais sur quatre stations conçues par l'école jurassienne. Prenant au mot le slogan des autorités, selon lequel les hautes écoles spécialisées doivent se rapprocher de l'industrie, le LPR a démarché plusieurs entreprises afin de mettre en œuvre son savoir-faire.

Similor Kugler, explique son ingénieur mécanicien Romain Nappo, avait besoin d'unités de production qui permettent de travailler sur des petites séries «et qui intègrent l'homme dans le concept». L'usine genevoise reçoit des pièces de laiton de fonderie et, grâce aux robots, doit polir ces pièces pour enlever toute marque de fabrique, joint de moulage ou dissymétrie.

Les ingénieurs ont conçu un logiciel qui, pour programmer le robot, remplace le système classique de fixation de points dans l'espace par une simulation en 3D, «avec une grande précision pour ajuster les paramètres», indique Romain Nappo. Ces outils dits de «cyberpolish» permettent de changer de série en 10 à 15 minutes, un temps précieux lorsque les machines doivent traiter parfois seulement 50 pièces, pour un volume global de 20000 pièces par an.

Marc-Edouard Inaebnit, lui, se défend de chasser sur les mêmes terres que l'économie privée: «De telles solutions, le marché ne les propose pas.» Les étudiants n'ont pas directement participé à l'expérience, qui requiert des qualifications élevées, mais ils «ont pu se rendre compte de ce qui les attend une fois leur diplôme en poche». Le but, pour une telle école d'ingénieurs, étant «d'éviter que les entreprises ne délocalisent. Pour cela, avec les technologies robotiques, nous devons viser la haute technologie.»