Jérôme Weill, un entrepreneur genevois qui a toujours travaillé dans le marketing et la vente dans le domaine des technologies médicales, a décidé de créer sa propre entreprise en avril 2006. Son but: commercialiser des dispositifs médicaux dentaires à usage unique afin d'en améliorer l'hygiène. Parmi la panoplie d'instruments jetables développés par la jeune entreprise, une seringue en plastique recyclable rouge et blanc ressort du lot. Son design original vient d'ailleurs d'être récompensé par le reddot design award 2008. Inventé par son cousin, David Weill, un ingénieur de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, cet instrument a la particularité de piquer sans engendrer de douleur.

«Cela fait quarante ans que la seringue n'a pas évolué. La plupart des médecins dentistes utilisent encore ces outils métalliques pour injecter un anesthésique. La douleur qui en résulte ne provient pas de la piqûre mais de l'infiltration de liquide dans des tissus durs», explique Jérôme Weill.

L'innovation de cette nouvelle seringue à usage unique, dénommée saniject, est liée à son système de pression. Dès qu'il y a une trop grande résistance lors de l'injection d'anesthésique dans les tissus, le système se contracte puis se détend et renvoie le liquide plus doucement. Le système breveté fonctionne comme un amortisseur. «Tout est automatique. Le médecin dentiste ne doit rien régler mais juste presser sur un levier», précise le fondateur de Saniswiss. «Outre l'avantage en termes de douleur, cette seringue évite d'éventuelles nécroses des tissus.» Premiers clients visés: les enfants. «Mon fils a d'ailleurs été le premier à la tester.» Cet outil vise également certains traitements qui peuvent s'avérer relativement douloureux, à l'exemple des traitements de racine.

Andreas Grimm, médecin dentiste à Zurich l'utilise. «Je n'ai pas suffisamment de recul par rapport à cette technique pour donner un avis définitif. Toutefois, j'ai pu constater que ce système avait des avantages: il n'est effectivement pas douloureux et permet d'anesthésier les dents sans endormir les lèvres», explique-t-il. Il l'utilise surtout chez les enfants, qui sont beaucoup moins effrayés en voyant cette seringue colorée. «Saniject n'est pas le seul système indolore sur le marché. J'utilise aussi The Wand.» Il s'agit d'un système concurrent dont l'aiguille n'est pas plus épaisse qu'une aiguille d'acuponcture.

Pour Andreas Grimm, les médecins dentistes devront bientôt tous s'équiper d'outils de nouvelle génération face à une pression de la clientèle qui est attirée par ce type d'instruments indolores.

Présenté pour la première fois en mars 2007, lors le la foire International Dental Show (IDS) à Cologne, le saniject est aujourd'hui vendu dans trente pays, par l'intermédiaire de grossistes distributeurs. Un million d'unités ont déjà été commercialisées. «Nous avons de la peine à suivre la demande et devons préparer des moules supplémentaires pour y répondre, souligne le fondateur de Saniswiss. Tout est fabriqué en Suisse chez des spécialistes de l'injection plastique qui travaillent essentiellement dans le domaine horloger.»

Et Saniswiss a choisi la voie du «jetable»: «Les seringues classiques réutilisables doivent être désinfectées et stérilisées avant chaque nouvelle injection. Notre objectif est d'éviter tout risque de contamination et d'éviter les pertes de temps liées à la préparation des instruments», explique Jérôme Weill.

La start-up vend sa seringue au prix de 4,50 francs aux médecins dentistes. «Nous commençons à l'introduire en Suisse. Environ 150 praticiens la possèdent déjà», note le chef d'entreprise. En 2007, Saniswiss a enregistré un chiffre d'affaires de 1 million de francs. «Chaque mois, nous vendons nos produits dans deux, voire trois nouveaux pays. J'ai des relations dans le monde entier grâce à mon travail précédent», explique le jeune entrepreneur, dont la société compte pour l'instant cinq collaborateurs.

D'ici à cinq ans, Saniswiss espère engager une dizaine de personnes supplémentaires et multiplier son chiffre d'affaires par un facteur cinq. Et pendant que Jérôme Weill parcourt le monde pour vendre ses kits jetables, son cousin, David, cherche de son côté la façon de rendre d'autres dispositifs médicaux indolores.