S'il existe bien des traitements qui soulagent la sclérose en plaques, il n'y a en pas, à ce jour, qui puissent la guérir. Bien que fréquente, cette maladie conserve une part de mystère. Sa cause reste méconnue, d'où la difficulté de découvrir un traitement curatif. Mais plusieurs facteurs de risque ont été identifiés. «Une prédisposition génétique joue un rôle indéniable, mais ne suffit pas à expliquer le déclenchement de la maladie. Des facteurs environnementaux, en particulier des microbes, pourraient contribuer à son apparition», explique Renaud Du Pasquier, médecin neurologue au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV).

Adultes porteurs

Renaud Du Pasquier et Samantha Jilek, biologiste à l'Université de Lausanne, se sont penchés sur Epstein-Barr, un virus responsable de la mononucléose infectieuse. Ce virus se transmet essentiellement par la salive. Une fois entré dans l'organisme, il se loge dans les ganglions où il demeure toute la vie sous forme silencieuse, sans donner de récidive. En général la contamination se produit dans l'enfance ou au moment de l'adolescence. On estime que plus de 80% des adultes sont porteurs du virus Epstein-Barr.

Rôle déclencheur

Ce virus infecte une certaine catégorie de globules blancs, nommés les lymphocytes B ainsi que d'autres globules blancs, les lymphocytes T CD8, qui sont chargés d'empêcher la prolifération du virus.

«Nous avons étudié le comportement des lymphocytes T CD8 dans une cohorte de 164 personnes. Certains étaient atteints de sclérose en plaqueS débutante, d'autres d'une forme chronique, et certains patients ne souffraient pas de cette maladie, explique Renaud Du Pasquier. Nous avons constaté que les lymphocytes T CD8, reconnaissant spécifiquement le virus Epstein-Barr, réagissaient plus fortement dans le sang des personnes qui étaient au tout début de la sclérose en plaques mais pas chez les autres groupes. Le virus Epstein-Barr pourrait donc jouer un rôle déclencheur de la sclérose en plaqueS.» Les travaux des deux chercheurs lausannois ont été publiés dans la revue scientifique Brain et ont été sélectionnés par F1000 Medicine, un guide qui sélectionne les 1000 publications qui contribuent le plus à l'avancée de la médecine.

Un traitement plus ciblé

Une des hypothèses qui pourrait expliquer le lien de causalité entre ce virus et la sclérose en plaques serait que ces lymphocytes T CD8, «très excités», s'attaquent non seulement au virus Epstein-Barr mais également aux cellules qui produisent la myéline, à savoir la gaine isolante entourant les nerfs. Celle-ci serait à tort reconnue comme étrangère par le système immunitaire. C'est ce qu'on appelle d'ailleurs une réaction auto-immune.

«Si nous parvenons à mieux comprendre la dérégulation immunitaire, nous parviendrons peut-être à développer un traitement plus ciblé», souhaite Renaud Du Pasquier.