Décisif, mais pas crucial. C’est ainsi que Laurent Coulot, cofondateur de la jeune entreprise vaudoise Insolight, qualifie le soutien européen à son projet de panneaux photovoltaïques à haut rendement, officialisé mercredi. La nuance est subtile. Mais pour l’industrie solaire, elle souligne sa capacité à innover, et donc à rebondir, dans un marché largement dominé par l’Asie.

C’est d’ailleurs dans le cadre d’une initiative censée «augmenter la compétitivité de l’industrie européenne du photovoltaïque» que la Commission européenne a alloué ces 10,6 millions d’euros de subvention au projet baptisé Hiperion (pour Hybrid Photovoltaics for Efficiency Record Using Integrated Optical Technology).

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Regroupant quinze spécialistes du solaire et coordonné par le CSEM, il doit permettre à la start-up, sise dans le parc de l’innovation de l’EPFL, de passer en phase d’industrialisation. Une «étape clé» pour une future mise sur le marché de cette solution inspirée du spatial, permettant d’augmenter l’efficacité des panneaux d’un standard actuel de 20% à près de 30%, souligne son patron.

Le Temps: Que vont financer ces 10,6 millions d’euros?

Laurent Coulot: Cette somme doit permettre la mise en place d’une première ligne de production industrielle pilote pour les panneaux photovoltaïques à haut rendement que nous développons.

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Celle-ci sera réalisée par une quinzaine de partenaires au total, dont le centre de recherche du CSEM, qui hébergera la ligne de production à Neuchâtel, des équipementiers, des installateurs, etc. Viendra ensuite la phase des prospects. Nous devrions être en mesure de fournir les premières unités dès 2022.

Dans quelle mesure ce soutien européen était-il crucial, dans le cas d’Insolight?

Il tombe à point nommé. La mise en place des procédés d’assemblage est une étape décisive, pour préparer la production de masse et la mise sur le marché. Or elle nécessite de coûteux investissements de départ en équipements et pour laquelle il s’avérait difficile de trouver des fonds.

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Le projet Hiperion comble ce financement, en plus de nous mettre en relation avec divers partenaires pour la réalisation de cette étape clé.

Quelle clientèle visez-vous avec ces panneaux photovoltaïques à haut rendement?

Nous visons en premier lieu des marchés où la densité énergétique a de l‘importance et où l’espace est limité. Par exemple, sur des toits d’immeubles, dont les besoins énergétiques sont difficiles à satisfaire entièrement en solaire, dès qu’ils dépassent trois étages.

Soit une clientèle urbaine, dans des économies développées. Ce segment haut de gamme, c’est la seule planche de salut pour un fabricant européen?

Nous ne pouvons pas nous aligner sur les prix pratiqués par nos concurrents, essentiellement asiatiques, sur un standard où les volumes ont explosé. Dès lors, nous choisissons une niche, pour ensuite la développer. Dans le solaire, cela représente déjà des dizaines de milliers de mètres carrés.