La Banque des règlements internationaux (BRI) a souhaité soupeser les conséquences du poids grandissant des investisseurs institutionnels pour les marchés financiers. Dans un rapport dirigé par José Viñals de la Banque d'Espagne, l'institution bâloise relève que la proportion de l'épargne financière des ménages confiée aux investisseurs institutionnels, a progressé de 36% à 44% entre 1995 et 2005.

Au fils des ans, cette masse s'est internationalisée et diversifiée à une plus large gamme d'actifs. L'importance des institutionnels est devenue telle, qu'à près de 47 000 milliards de dollars, ils pèsent dorénavant presque autant que les avoirs des banques commerciales 49 000 milliards). En 2005, les caisses de pension et les compagnies d'assurance administraient 13 000 milliards de dollars, les assureurs 17 000 tandis que les fonds de placement en géraient 16 000.

Un poids qui s'alourdira

Selon la BRI, le poids des institutionnels ne peut aller qu'en s'alourdissant. «Face au vieillissement de la population [...], les gouvernements auront de plus en plus de peine à maintenir leurs politiques de retraites en l'état. En conséquence, une proportion croissante de l'épargne des ménages devrait se placer dans les caisses de pension privées et l'assurance vie».

Quel que soit le pays considéré par la BRI, les compagnies d'assurance ont en commun de classer les obligations au premier rang de leur allocation. Leur part atteint en moyenne 47% de leur portefeuille. En revanche, les politiques d'allocations des caisses de pension varient considérablement d'un pays à l'autre. Ainsi, si celles du Mexique prisent les obligations à hauteur de 97% de leur portefeuille en 2005, cette part n'atteint que 19% aux Etats-Unis voire 5% en Belgique. Partout cette part a reculé en 1995 et 2005, à l'exception de caisses de pension britanniques et néerlandaises où elle s'est affirmée au détriment des actions et des placements liquides. En moyenne, la part des actions atteignait 48% des portefeuilles en 2005. Pour la BRI, la Suisse était loin d'un tel seuil: la part actions de ses caisses de pension s'affichait à 23% contre 35% pour les obligations, le reste se répartissant entre placements de court terme 19% et un poste «autre» (23%) englobant l'immobilier, le capital investissement, les hedge funds, les matières premières ou les marchés émergents.

Au-delà de ces observations, la BRI s'est efforcée d'évaluer dans quelle mesure la croissance des investisseurs institutionnels affectait la stabilité financière mondiale. A cet égard, elle estime que par leur développement, ils ont contribué «à des marchés plus liquides et plus efficients ainsi qu'à une allocation plus efficiente de l'épargne dans les pays développés».

Elle ajoute que les «récentes réformes réglementaires et comptables sont de nature à renforcer l'efficience du système financier. Dans la mesure où elles autorisent une meilleure gestion du risque par les institutionnels, sa répartition sur une base plus large d'investisseur et une plus grande transparence de la comptabilité des sociétés, elles devraient aussi rendre le système financier plus résistant aux chocs». Cette conclusion vaut son pensant d'or, à l'heure où les marchés financiers font les frais d'une remontée de l'aversion au risque.