Aujourd'hui, 75% des institutions de prévoyance se disent particulièrement préoccupées ou inquiètes face aux difficultés qu'elles affrontent. Telle se dessine la confiance des caisses de pension, à partir de l'indice établi par Bearbull Gestion Institutionnelle (BGI) à Genève. L'indice global de cette première enquête s'inscrit à 99,24 points. Vu sous ce seul chiffre qui flirte avec le niveau neutre fixé à 100 points, le degré d'inquiétude peut paraître mineur. Mais l'analyse des réponses met en évidence des préoccupations fortes. D'abord, les responsables de caisses assistent, un peu impuissants, presque fatalistes, à la chute des performances des placements. 77% des institutions – et même 86% pour le seul ensemble des institutions publiques – considèrent comme insuffisants et inquiétants les résultats obtenus par les indices de référence et, surtout, par leurs portefeuilles. Ensuite, la dégradation du niveau des réserves pèse fortement sur la confiance des caisses. Concrètement, 37% des caisses interrogées jugent leurs réserves inadéquates, et même 45% d'entre elles affichent leur inquiétude pour l'exercice en cours. De cause à effet, une caisse sur trois considère qu'il devient indispensable de modifier sa stratégie.

«La prudence commence à s'imposer», relève Alain Freymond, associé de BGI. Déjà 20% des institutions de prévoyance ont récemment décidé d'adopter une stratégie plus prudente. A l'inverse, 8% d'institutions empruntent une voie inverse et jugent que, le gros de l'orage étant passé, elles peuvent prendre quelque risque. Ces partisans d'une politique d'investissement plus agressive sont minoritaires: 35% des caisses affirment avoir l'intention de réduire leurs risques (au profit des placements immobiliers ou à revenus fixes), contre 4% qui souhaitent muscler leur stratégie. Restent 61% de caisses qui ont choisi de faire le gros dos et de ne pas bouger. Pour l'heure.

«Cette baisse de confiance pourrait amener des changements de partenaires à l'avenir», estime Alain Freymond, même si les institutions accablent peu leurs mandataires. Seuls 16% des caisses ont montré leur insatisfaction en changeant de partenaire (consultants, gestionnaires ou actuaires). Mais un mouvement s'annonce.

Enquête répétée tous les trimestres

La surprise de l'enquête se trouve dans la question d'actualité: 67% des institutions de prévoyance considèrent que l'abaissement du taux minimal LPP ne les affecte pas du tout ou très marginalement. Si les caisses en primauté de prestation sont sereines (80%), on peut aisément le comprendre puisque ce taux affecte peu ces plans à l'exception du calcul de la prestation minimale LPP. Par contre, qu'une caisse sur deux en primauté de cotisation ne se montre que marginalement affectée par le taux réduit à 3,25% peut être interprété comme la volonté de plusieurs caisses de distribuer un taux supérieur sur les comptes d'épargne de leurs assurés. Si la situation financière de la caisse le permet.

Dans trois mois, BGI reprendra la température des institutions de prévoyance. Cette enquête sera répétée chaque trimestre pour mesurer les diverses évolutions. Peu à peu, elle pourrait devenir un baromètre précieux pour les dirigeants d'institutions de prévoyance en manque de données statistiques pour apprécier leur stratégie et les évolutions de cet univers. Pour cette première édition, 75 caisses de pension (15% de droit public et 85% de droit privé) représentant 16 milliards de fonds sous gestion ont participé au questionnaire. Quasi exclusivement romande, l'enquête sera peu à peu élargie aux institutions d'outre-Sarine.