Des dépenses moyennes de 5000 francs pour chaque engagement professionnel. Une personne sur deux placée dans l'année. Un réseau économique de 3000 entreprises. Plus de 1200 prises en charge en 2000 et des cas d'échecs qui se comptent sur les doigts de la main. Les chiffres parlent d'eux-mêmes en ce qui concerne Intégration Pour Tous (IPT), une fondation sans but lucratif qui œuvre en tant que bureau de placement spécialisé dans la réinsertion professionnelle des personnes atteintes dans leur santé physique, psychique ou morale. «Chaque situation, chaque cas est un défi, expose René Luyet, directeur d'IPT Valais. Dans ce contexte, il est de notre devoir de rendre les choses possibles. En regardant nos dépenses, on se rend d'ailleurs vite compte des coûts ridicules engendrés par notre démarche, même si nous devons encore déployer de gros efforts pour couvrir nos charges. Il faut toutefois bien comprendre que les placements de ce type n'ont tout simplement pas de prix.» Vu le profil des personnes prises en charge, en majorité sans formation, de plus de 40 ans et souffrant de problèmes de santé, cette déclaration n'est pas à prendre à la légère.

Proximité indispensable

A la base d'Intégration Pour Tous, on trouve un petit groupe de chefs d'entreprises, assaillis de demandes d'engagement pour des «cas» sociaux. Sensibles à la problématique, ils lancent IPT en 1972 à Genève sous la forme d'une association, transformée en Fondation quelque treize ans plus tard. Depuis, cette structure unique en Suisse romande, qui emploie 27 collaborateurs pour un budget de fonctionnement de quelque 5 millions, a essaimé à Lausanne et Sion avec des antennes à Nyon, Morges, Yverdon, Montreux, Bex, Monthey, Martigny et Sierre. Cette présence permet de renforcer les liens de proximité indispensables au suivi des individus et à la collaboration avec les entreprises.

La formule n'est d'ailleurs pas passée inaperçue. Un programme du Fonds national de la recherche est à l'heure actuelle en train d'analyser la structure de réinsertion mise en place. De plus, Pro Infirmis, qui n'offre pas ce type d'aide, a lancé une enquête auprès d'IPT débouchant sur une convention de collaboration et deux projets pilotes à Berne et Saint-Gall. Le Secrétariat d'Etat à l'économie, tout comme l'Office fédéral des assurances sociales ont reconnu le concept d'utilité publique et soutiennent financièrement la démarche.

«Notre force réside dans le fait que nous ne sommes pas une organisation institutionnelle, insiste Christine Théodoloz-Walker, secrétaire générale d'IPT. Et si nous nous battons pour une reconnaissance financière, c'est parce que nous offrons une alternative qui fonctionne bien comme passerelle entre le monde social et celui des entreprises. C'est dans cette perspective que nous avons effectué un processus de certification ISO 9002. Il relève la qualité de nos prestations et notre volonté d'innovation.» Le modus operandi d'IPT répond ainsi à un schéma bien précis pour les personnes qui doivent avoir une capacité de travail de 50% au minimum. Dès l'admission, les candidats doivent autoriser les collaborateurs d'IPT à collecter et partager les informations contenues notamment dans leur dossier médical. Un bilan socioprofessionnel peut alors avoir lieu concernant les capacités et les attentes des personnes prises en charge. La préparation des candidats prend le relais avec comme objectif le développement de l'image et de l'estime de soi, comme la construction d'un projet professionnel. Le placement fixe et temporaire constitue la phase ultime, avec un soutien prévu aussi longtemps que nécessaire.

Pédagogie du succès

«Tout ce que nous exigeons relève de la motivation, poursuit René Luyet. A partir de là, nous sommes tout à fait d'accord d'évoluer au rythme des personnes prises en charge. Mais il faut une dynamique qui leur permet de valider successivement de nouveaux objectifs afin de retrouver une activité professionnelle. Chez nous, il n'y a pas de sanctions car nous sommes déconnectés des services sociaux d'aide financière. Nous développons une pédagogie du succès, basée sur une accumulation de réussites, aussi petites soient-elles.» Et les entreprises jouent le jeu, offrant un soutien financier, des stages de formation et de perfectionnement, des cours de préparation et finalement des postes de travail. Les responsables d'IPT souhaiteraient certes que le réseau s'étoffe encore mais une chose est sûre: celles qui ont jusqu'ici répondu à l'appel confirment leur responsabilité envers des personnes qui ont souvent passé à travers les mailles du filet. Inconnues des Offices régionaux de placement et sans aides sociales, elles peuvent trouver en IPT la passerelle nécessaire vers leur réinsertion.