Il y a huit chances sur dix pour que le microprocesseur de votre ordinateur - son cerveau - ait été produit par Intel. Le fabricant de puces domine encore nettement ce marché. Patrick Gelsinger, vice-président et responsable de la division entreprise, était cette semaine de passage à Genève.

Le Temps: Comment prévoyez-vous cette fin d'année? Patrick Gelsinger:La crise financière va affecter le moral des consommateurs, il y aura un ralentissement mais pas de crise. Pour le quatrième trimestre, notre chiffre d'affaires sera en hausse de 0 à 6% par rapport au troisième, c'est une fourchette exceptionnellement large. Nous prévoyons une plus faible demande de la part des entreprises, une croissance nulle de la part des particuliers, et une demande soutenue pour les netbooks (ndlr: mini-ordinateurs portables) et les appareils mobiles.

- Intel contrôle 80% du marché des microprocesseurs, AMD 20%. Craignez-vous l'arrivée d'un nouveau concurrent?

- Il existe aussi la firme Via (ndlr: environ 0,6% du marché). Il est vrai que l'architecture des puces étant de plus en plus complexe, il devient difficile d'entrer sur ce marché. Mais ce n'est pas impossible. AMD a fait le choix de se séparer de ses usines pour se concentrer sur la conception des puces. Mais Intel ne procédera pas à une telle scission. Nous estimons que nous sommes très efficaces en intégrant le développement et la fabrication des puces.

- La Commission européenne vous accuse de pratiques anticoncurrentielles envers AMD, en ayant accordé des rabais à des fabricants de PC qui optaient pour vos produits. Elle vous reproche actuellement de ne pas répondre à ses requêtes...

- Il y a eu des demandes de ce type dans plusieurs pays. En Europe, nous demandons juste d'avoir accès à des documents de la procédure, ce qui est tout à fait normal. Je ne me prononcerai pas sur le fond de l'affaire.

- En deux ans, Intel s'est séparé de 20000 employés. Vu votre part de marché importante, ne risquez-vous pas de vous endormir?

- Non, car nous avons mis en place des processus pour mesurer en permanence notre performance. Mais il est vrai que nous avions pris de l'embonpoint au fil des années. Sur le marché des serveurs, nous avons perdu des parts de marché durant onze trimestres de suite. Il a fallu réagir.

- Entrez-vous sur le marché des téléphones mobiles?

- Nous le ferons petit à petit via notre puce Atom, destinée aux mini-ordinateurs. La gamme d'appareils entre les ordinateurs portables et les téléphones va s'étoffer. Nous équiperons ainsi à terme des téléphones.

- Vous venez de prolonger de trois ans votre accord avec le CERN. Que vous apporte-t-il?

- Nos ingénieurs développent les puces qui équiperont les ordinateurs dans deux à cinq ans. Les ingénieurs du CERN mettent déjà à l'épreuve nos microprocesseurs du futur. Leurs expériences sont très utiles.