L’Europe est lâchée dans la bataille du savoir que les experts jugent la plus importante aujourd’hui en matière technologique, celle de l’intelligence artificielle (IA). Tous les gérants interrogés s’accordent sur ce point. Mais comment l’investisseur peut-il participer à la fois aux développements des groupes américains et au rattrapage chinois? Faut-il préférer l’Occident ou l’Asie?

La concurrence pour la suprématie dans l’IA est totale entre la Chine et les Etats-Unis. L’avantage appartient aux Etats-Unis, mais tout dépend de l’étape de développement de l’IA dont on parle. Les entreprises chinoises prendront les devants d’ici à cinq ans dans la première des quatre étapes de cette technologie, celle qu’on appelle l’IA en ligne et qui porte sur la transformation des algorithmes en outils de recommandation, avance Kai-Fu Lee, ex-chercheur chez Apple, Microsoft et président de Google China, dans son best-seller (IA. La plus grande mutation de l’histoire).

Le rapport de force

Aujourd’hui, le rapport de force est à son avis de 50-50, mais il sera bientôt de 60-40 en faveur de Pékin. Dans la deuxième vague, celle de l’IA professionnelle (détection de fraudes, finance, logistique), qui passe par l’emploi des corrélations latentes entre les données, la domination est américaine à 90-10, mais elle sera de 70-30 dans les cinq ans, selon Kai-Fu Lee. Dans la troisième vague, celle de l’IA perceptive, soit l’emploi de la technologie dans la reconnaissance faciale et le langage naturel, qui transformera les supermarchés et les maisons connectées, l’avance est à la Chine à 60-40. Et le rapport de force passera à 80-20 dans cinq ans. Enfin, dans la quatrième vague, celle de l’IA autonome, avec l’exemple des véhicules autonomes et des drones, l’hégémonie américaine est claire (90-10), mais Kai-Fu Lee prévoit un 50-50 dans cinq ans.

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«L’Europe a perdu la bataille de l’IA, trop axée sur les industries traditionnelles et la santé», confirme Peter Garnry, responsable de la stratégie en actions de Saxo Bank. Mais qui la gagnera? L’analyste est d’avis que les avantages des Etats-Unis dans les semi-conducteurs lui donnent un temps d’avance sur la Chine. Mais l’Empire du Milieu a bel et bien l’intention de réduire sa dépendance à l’égard des puces américaines et fera tout pour refaire son retard technologique.

Les promesses chinoises

Le marché chinois est si prometteur qu’il faut lui accorder une pondération de 20%, selonTobias Rommel, gérant du fonds DWS Invest Artificial Intelligence. Le gérant, qui, avant le covid, a visité une centaine d’entreprises chinoises à Shenzhen et Pékin, insiste sur le caractère stratégique accordé à l’IA par le gouvernement. Les opportunités existent et elles se retrouvent dans toutes les branches, à son avis, autant dans les grands groupes que dans les PME.

L’intérêt d’acheter les actions du géant chinois Tencent, à part le fait d’exploiter ses solides positions dans la reconnaissance faciale ou les jeux vidéo, «consiste à profiter de ses investissements dans 300 autres entreprises», précise Neil Campling, responsable de la recherche en actions technologiques pour Mirabaud Securities, à Londres.

Les investisseurs occidentaux sont toutefois peu investis dans des titres chinois. Sous l’angle géographique, Christopher Gannati, directeur de la recherche Europe auprès du fournisseur d’ETF WisdomTree, justifie la faible pondération chinoise dans son ETF sur l’intelligence artificielle, qui n’est que de seulement 1 à 3%, par le fait que les leaders de l’IA y sont surtout des sociétés non cotées. Par contre, les actions américaines représentent 50 à 60% du fonds, Taïwan arrivant en seconde position géographique.