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Intelligence artificielle: la science-fiction devient réalité

L’intelligence artificielle pourrait renverser totalement certains modèles économiques. En tant que gestionnaires de capital, nous devons identifier les entreprises qui vont conduire ce changement, en profiter ou le surmonter

A l’occasion du Mobile World Congress (MWC) 2017, Masayoshi Son, fondateur de la société de technologie et de télécommunications Softbank, a énoncé une thèse audacieuse: d’ici à 30 ans, l’intelligence artificielle (IA) aura dépassé le cerveau humain. Ce qui hier était de la science-fiction devient aujourd’hui une réalité. La notion d’IA comprend toute technologie qui perçoit le monde extérieur, traite ces informations et y réagit. Il y a peu, les ordinateurs manquaient encore soit de puissance de calcul, soit d’une capacité d’enregistrement des données suffisante pour un apprentissage sensé.

Le smartphone, clé d’accès à l’intelligence artificielle

Entre-temps, la possibilité d’une véritable intelligence artificielle est devenue tout à fait réelle, grâce à la mise à disposition du performant cloud computing (informatique en nuage), de la technologie mobile et du Big Data (analyse de données). L’amélioration des processus permet désormais aux ordinateurs de traiter de plus gros volumes de données plus rapidement. Et grâce au Big Data, le nombre de données totales à disposition est plus important. Par conséquent, les ordinateurs peuvent en apprendre plus sur le monde extérieur qu’avant, et à un rythme supérieur.

Dans ce contexte, l’expansion du smartphone joue un rôle crucial. Il est devenu l’un des principaux appareils de collecte de données du monde. Ces données peuvent être stockées, analysées et interprétées à un coût relativement faible. De fait, quasiment tous nos téléphones contiennent en quelque sorte une IA.

En matière de mobilité, les algorithmes de planification d’itinéraires permettant de réagir à la situation de trafic actuelle font déjà partie de notre quotidien. Des développements similaires sont en cours dans les domaines de l’aide au stationnement automatique ou de l’ajustement des limitations de vitesse. Aujourd’hui, nous communiquons déjà avec nos ordinateurs au moyen d’assistants virtuels qui s’appellent Alexa (Amazon), Siri (Apple) ou encore Google Assistant. L’IA est également exploitée par le secteur financier, pour la mise au point de robots-conseillers et la détection des tentatives de fraude.

De l’automobile à la médecine

A l’heure actuelle, le développement de l’IA n’en est qu’à ses balbutiements. Mais il définira la prochaine vague d’innovations, d’intelligence et d’automatisation et, partant de là, marquera la décennie à venir. Le constructeur automobile américain Tesla affirme que ses véhicules électriques disposent aujourd’hui déjà de l’équipement informatique nécessaire pour une conduite autonome et que ceux-ci offrent une sécurité nettement supérieure à n’importe quel conducteur. En médecine, l’IA offre également de nombreuses possibilités pour sauver des vies. Ainsi, une équipe de l’Imperial College London a mis au point une IA capable de diagnostiquer une hypertonie pulmonaire avec un taux de fiabilité de 80%, contre 60% chez les cardiologues. En plus, Google espère pouvoir garantir bientôt un diagnostic précis du cancer du sein grâce à l’intelligence artificielle. Actuellement, les assistants virtuels sont capables de comprendre nos instructions et d’y réagir; demain, ils pourraient anticiper et soutenir nos actions.

Ces changements dans notre cadre de vie vont influer directement ou indirectement sur les entreprises dans lesquelles nous investissons, en tant que gestionnaires de fonds. Le fait que Google, Tesla et Uber travaillent sur la conduite autonome ne constitue pas un défi uniquement pour les constructeurs automobiles traditionnels, mais aussi pour toutes les sociétés dont les activités ont un lien d’une manière ou d’une autre avec la mobilité. Les véhicules gérés par une IA conduisent différemment; si l’être humain est exclu, en tant que source de défaillance, il est possible que le rapport à la propriété, la fréquence des réparations et les structures d’assurance changent.

La «prochaine révolution industrielle» modifie les marchés boursiers

Cette rupture détruit certes certains secteurs et partenariats, mais elle en crée bien d’autres. Pour en saisir les conséquences potentielles, l’investisseur ferait bien de jeter un œil au S&P 500. En 1960, la durée de vie d’une entreprise dans l’indice était en moyenne de 60 ans. Aujourd’hui elle se situe autour de 12 ans. Le progrès technologique fulgurant rend les entreprises plus vulnérables à des événements perturbateurs. C’est pourquoi, dans ses analyses de sociétés, Allianz Global Investors tient compte explicitement de l’exposition aux perturbations. Au regard des avantages potentiels de l’IA, certains observateurs désignent déjà cette évolution comme la «prochaine révolution industrielle».

Tout comme la machine à vapeur a changé le visage de l’économie, alors basée sur l’agriculture, ainsi que le monde du travail, l’intelligence artificielle pourrait renverser totalement certains modèles économiques. En tant que gestionnaires de capital, nous devons identifier les entreprises qui vont conduire ce changement, en profiter ou le surmonter. Accepter ce défi et l’utiliser à bon escient: voilà une thématique qui nous tiendra en haleine pendant les 30 prochaines années.

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