Ce sera l’emprunt public le plus suivi de ce début 2011. La semaine prochaine, le Fonds de secours des pays de la zone euro (EFSF) procédera à sa première levée de capitaux pour un montant de 18 milliards d’euros, destinés à intégrer le plan de sauvetage aux banques irlandaises de 85 milliards. Citigroup, HSBC et Société Générale sont les trois banques choisies pour émettre les titres. Le Japon a déjà annoncé qu’il souscrirait. Le directeur de l’EFSF, l’Allemand Klaus Regling, a détaillé mardi la procédure aux ministres des Finances des Vingt-Sept réunis à Bruxelles.

Ces derniers, comme prévu, ont avalisé le scénario accepté la veille par l’eurogroupe: celui d’un renforcement à moyen terme de la capacité d’emprunt de l’EFSF, sans pour autant augmenter le montant plafond de 440 milliards d’euros, garantis par tous les pays de l’eurozone. L’Allemagne ne veut toujours pas entendre parler d’une rallonge financière, alors que les emprunts espagnols et portugais de la semaine dernière se sont bien déroulés.

Madrid a en outre annoncé le placement, par syndication auprès de plusieurs banques, d’environ cinq milliards d’euros d’obligations venant à maturité en 2021. Les Etats en difficulté utilisent traditionnellement la syndication pour élargir la base des investisseurs qu’ils peuvent toucher. La participation des banques est censée également permettre d’obtenir un meilleur prix et d’assurer la liquidité.

L’épreuve de force avec les marchés va par conséquent continuer pour les pays les plus vulnérables de l’UE comme le Portugal ou l’Irlande. D’autant que les investisseurs semblent retrouver l’appétit du risque et se réorientent vers les marchés d’actions. Ce qui pousse à la hausse les taux d’intérêts obligataires. Les taux portugais à 10 ans sont montés mardi à 6,951% contre 6,818% la veille en clôture et ceux de l’Irlande à 8,613% contre 8,370%. Un différentiel important avec la Belgique qui, malgré sa crise politique, a placé mardi trois milliards d’euros de titres à dix ans à 4,22%.

La stratégie suivie par les Vingt-Sept comporte donc pour l’heure plus de bâtons que de carottes pour les pays en difficulté. Au mieux, l’EFSF sera réformé au début février lors du prochain sommet des chefs d’Etat ou de gouvernement. Mais les décisions pourraient n’intervenir qu’en mars. L’idée, défendue par l’Allemagne ou la Finlande, est que d’ici là, les autorités de Lisbonne et de Dublin doivent montrer qu’elles poursuivent leurs réformes. Un pari risqué alors que les élections irlandaises auront lieu en février, et que le Portugal, victime d’une économie trop peu compétitive, n’a guère de marge de manœuvre.