Aider les gens à s’adapter à leur nouvel environnement est devenu au fil des années le métier de Malte Zeeck. Après avoir lui-même vécu longtemps à l’étranger comme correspondant pour les chaînes de télévision CNN International, N24, n-tv et ARD, aussi bien en Inde qu’au Brésil, l’Allemand qui a étudié en Suisse a eu l’idée de lancer une plateforme pour améliorer la vie des expatriés, et plus généralement pour faciliter les rencontres entre eux et les échanges avec la communauté locale.

Le diplômé de l’Université de Saint-Gall s’est lancé dans l’aventure en 2007 en démarrant la société InterNations aux côtés de Philipp von Plato, un autre étudiant rencontré sur les bancs de la Faculté d’économie de la haute école durant les années 1990. «A la suite de séjours dans différentes villes, nous avons eu l’idée de mettre sur pied un réseau social créé spécialement pour les expatriés. Lorsque l’on se trouve dans une ville comme New Delhi, par exemple, on est confronté à une foule de problèmes pratiques – que d’autres expatriés déjà sur place peuvent souvent vous aider à résoudre», relate le co-fondateur, rencontré en marge d'un événement organisé par la société au début de l'été à Zurich.

Pas un club élitiste

Quelques années plus tard, le réseau compte environ 2,2 millions de membres répartis dans 390 villes à travers le monde. Leur âge moyen est de 38 ans, avec une forte proportion d’universitaires qui représentent plus des quatre cinquièmes des membres. Rien que dans notre pays, la plateforme compte quelque 80 000 membres, dont environ 11 000 Suisses, répartis principalement dans les villes de Zurich (30 000) et Genève (20 000), même si le réseau est aussi présent à Bâle, Berne, Lausanne, Lucerne, Lugano, Neuchâtel et Saint-Gall.

Pour son cofondateur, InterNations, basée à Munich, n’est pas un club élitiste réservé aux seuls employés de grandes multinationales. «Nos membres tirent parti du réseau aussi bien pour se faire de nouveaux amis, pour étendre leur réseau professionnel que pour résoudre différents problèmes de la vie quotidienne, comme le fait de trouver un dentiste qui parle la langue de l’expatrié ou de ses enfants, ou afin de dénicher un appartement», cite-t-il en exemple.

«L’accent est mis sur l’intégration sociale», résume-t-il. La société accorde une grande attention au fait de conserver un mélange équilibré entre expatriés, soit 70% de ses membres, et locaux, à hauteur de 30%. «Parmi les locaux, on trouve beaucoup de personnes qui envisagent un jour de partir à l’étranger ou aussi ceux que l’on appelle des re-patriate, par exemple des Suisses qui ont séjourné quelques années à l’étranger et qui, à leur retour, veulent garder des contacts avec un milieu international», explique-t-il.

Les réseaux sociaux en ligne permettent peu de rencontres

Les demandes d’admission des membres, qui doivent être approuvées par InterNations, peuvent être refusées, principalement pour deux raisons: si les candidats ne disposent pas d’un «background» international ou s’il s’agit de membres qui utilisent le réseau avant tout pour promouvoir leur propre activité. «Les membres peuvent reporter des abus», s’ils en constatent. «Comme nos membres sont toujours identifiés par leur véritable nom et leur photo, cela crée une communauté de confiance entre membres», ajoute-t-il.

Contrairement aux réseaux sociaux, la société mise sur les contacts personnels. A l’heure où l’on peut rencontrer des gens via différentes applications sur Internet, Malte Zeeck ne craint-il pas la concurrence des plateformes en ligne ? «Sur les réseaux sociaux, les gens échangent le plus souvent des informations avec des personnes qu’ils connaissent déjà. On s’informe pour savoir ce que telle ou telle connaissance, rencontrée sur le plan privé ou professionnel quelques années auparavant, est devenue. Toutefois, on n’y rencontre pas beaucoup de nouvelles personnes», est-il convaincu. «C’est tout le contraire chez InterNations: lors de chaque meeting ou événements, les gens sont sur place, avec leur nom affiché sur un badge. Le contact s’effectue naturellement», souligne-t-il.

Les Suisses sont difficiles d’accès

Comment les expatriés jugent-ils notre pays? «Côté positif, beaucoup de nos membres en Suisse soulignent le plus souvent la qualité de la vie, l’environnement professionnel attrayant, la facilité des déplacements. Côté négatif, il y a les coûts de la vie jugés élevés, la rareté des écoles internationales et, plus généralement, la difficulté à nouer des contacts avec les Suisses», observe-t-il. Une perception qu’on retrouve dans des études menées auprès des communautés d’expatriés de différents pays, à l’exemple de Expat Insiders 2015. La Suisse n’y apparaît qu’au 61e rang des pays les plus accueillants pour les expatriés parmi 64 nations répertoriées!

Pour financer ses activités, InterNations, qui compte une centaine d'employés, mise sur un modèle d’affaires de type dit «freemium»; l’accès aux services de base est gratuit, tandis que les membres peuvent ensuite accéder à un service «premium» (appelé «Albatross») moyennant une cotisation de 5,95 francs par mois. Pour l’essentiel, chaque événement, auquel participent parfois plus d’une centaine de membres, est autofinancé. La société gagne aussi de l’argent grâce à la publicité obtenue auprès d’annonceurs spécifiques, par exemple des caisses maladie internationales ou des sociétés de relocation.

Soutien de grands groupes

S’y ajoutent aussi des sponsors. Malte Zeeck cite, par exemple, la société pharmaceutique Merck Group qui paie une cotisation au réseau. «De manière générale, certaines grandes entreprises constatent que le séjour de leur personnel expatrié échoue souvent après quelques mois. Or, envoyer un employé à l’étranger représente des frais supplémentaires situés entre 30 000 et 50 000 dollars par personne. En nous soutenant, elles veulent aussi contribuer à ce que leurs expatriés se sentent bien dans leur nouveau pays de résidence.»

Malte Zeeck souligne que InterNations est une organisation «politiquement neutre». Malgré tout, le réseau traite de certaines questions politiques spécifiques qui peuvent affecter la vie de ses membres. «Quelle que soit la difficulté, notre action vise à aider nos membres à s’informer ou à s’adapter aux changements réglementaires survenus ou de nouvelles situations susceptibles de les affecter, explique-t-il. Par exemple, en organisant des séances d’information ou en les mettant en contact avec les autorités locales.»