C’est un petit logo collé sur les vitres de certains wagons. Ce sont aussi deux initiales, «FS», figurant à côté de certaines lignes sur l’horaire des CFF. «FS» pour Freesurf, l’offre d’accès à internet dans les trains. Une offre lancée il y a deux ans et demi, à laquelle manquait un acteur de taille: Swisscom et ses 56% de parts de marché en téléphonie mobile. Mardi, l’opérateur annonçait se rallier à Freesurf. Mais cette offre demeure lacunaire, plusieurs petits opérateurs ne participant toujours pas à ce service.

L’histoire n’est donc pas finie. Or elle a démarré il y a bientôt dix ans. Au début des années 2010, les CFF équipent les wagons de première classe en wifi. En deuxième classe, rien. En 2013, la régie abandonne le wifi. «Il était peu utilisé. Et comme le wifi ne faisait que relayer le signal du réseau mobile, autant que les clients s’y connectent directement», expliquait Andreas Meyer, alors directeur des CFF. L’entreprise mise depuis 2013 sur des amplificateurs du réseau mobile: l’idée est que les passagers se connectent directement aux antennes de Swisscom, Sunrise et Salt, le signal étant simplement amplifié par des modules installés dans les wagons.

Sans Swisscom

En 2018, les CFF annoncent le lancement d’une application, Freesurf, permettant d’accéder à internet sur son smartphone. Cette fois, gratuitement: le passager doit ouvrir l’app, se connecter une fois, activer Bluetooth et il peut ensuite se rendre sur le web de manière illimitée, toujours via les réseaux de téléphonie mobile. Mais pas tous: lancé en 2019, Freesurf n’est compatible qu’avec les réseaux de Sunrise et Salt. Swisscom observe.

Ce mardi, l’opérateur historique a annoncé son ralliement à ce service dès le 12 décembre prochain, date de l’entrée en vigueur du nouvel horaire des CFF. Pourquoi avoir attendu autant de temps? «Initialement, nous ne ressentions pas le besoin de participer au test technologique et nous avons voulu prendre le temps d’évaluer les désirs des clients, répond une porte-parole de l’opérateur. De plus, les clients de Swisscom disposent avec leurs abonnements forfaitaires d’un excellent accès internet illimité dans le train sans frais supplémentaires. Les CFF ont une mission à remplir vis-à-vis de la Confédération et, par cette décision, nous souhaitions aider les CFF à respecter ce mandat.»

Pour les clients en prépayé

Dès le 12 décembre, les clients des trois principaux opérateurs télécoms pourront donc tous utiliser l’offre Freesurf sur les trains grandes lignes des CFF, soit les IC et les IR. Mais l’offre n’est pas forcément attractive pour tous. En effet, les clients de Swisscom, Salt et Sunrise qui possèdent un abonnement forfaitaire avec un transfert de données illimité – et ce sont la majorité de leurs utilisateurs – n’ont guère d’intérêt à utiliser ce service, qui ne leur apporte pas de valeur ajoutée, notamment pas de connexion plus rapide. En revanche, les passagers qui possèdent soit un abonnement avec un faible volume de données inclus, soit une carte prépayée, trouveront un avantage certain à utiliser Freesurf. Et ils sont nombreux: Swisscom compte par exemple, à lui seul, 1,268 million de clients en prépayé et 4,922 millions qui payent un abonnement.

Mais le ralliement de Swisscom à Freesurf ne couvre pas tous les clients. Car très peu d’opérateurs virtuels – utilisant les réseaux des trois opérateurs principaux – sont associés à l’offre des CFF. Il n’y a actuellement que Digitec et Quickline. Ni Coop Mobile, ni M-Budget Mobile, ni même Wingo – pourtant une marque appartenant à Swisscom – ne font partie de l’opération. «Tous les opérateurs mobiles suisses ont eu la possibilité de se porter candidats pour participer à Freesurf. Lors de l’adjudication, les CFF ont pris en compte tous les soumissionnaires ayant déposé une offre. D’autres opérateurs sont susceptibles de venir s’ajouter à ce nombre ultérieurement», répond la porte-parole de Swisscom.

Migros dit non

D’autres opérateurs? A priori pas Migros. «Ce n’est pas prévu, dit un porte-parole du distributeur, qui utilise le réseau de Swisscom. En tant que fournisseur bon marché, nous essayons de maintenir les coûts pour nos clients à un niveau bas et ne proposons donc pas de tels services supplémentaires pour le moment.» Car chaque opérateur paye aux CFF un prix – non communiqué – par utilisateur. Contacté, Coop ne compte pas non plus rejoindre Freesurf.

En 2019, les CFF estimaient que 450 000 voyageurs allaient régulièrement utiliser Freesurf. Or début novembre, la régie fédérale affirmait au Tages-Anzeiger que 3500 clients utilisaient aujourd’hui régulièrement ce service. Contactés mercredi, les CFF n’ont pas répondu à nos questions.

Et pour les ordinateurs?

L’augmentation du nombre d’abonnements illimités ainsi que l’absence de Swisscom expliquent sans doute en grande partie cette différence entre les prévisions et la réalité. Un dernier point joue certainement un rôle, le fait qu’il faut absolument utiliser une app sur smartphone pour se connecter à Freesurf. Du coup, les voyageurs qui travaillent sur leur ordinateur dans le train effectuent simplement un partage de connexion depuis leur smartphone et Freesurf ne leur apporte aucun avantage.


Lire aussi: Voici comment les CFF pisteront davantage les passagers dans les gares