Les technologies modernes ont complètement bouleversé le paysage des transports. Aujourd'hui, tous les points du globe sont accessibles et à des coûts toujours plus bas. Mais, parallèlement, le nombre de voitures augmente et les embouteillages, la pollution menacent la qualité de la vie. De nouvelles approches sont nécessaires pour résoudre ces problèmes. C'est pourquoi, le Forum d'Engelberg (OW), organisation à but non lucratif qui réunit depuis 1990 un panel de scientifiques et de politiciens, s'est penché du 24 au 27 mars sur le futur de la mobilité et des transports. Entretien avec Jakob Nüesch, ancien président de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich et membre du comité scientifique du Forum.

Le Temps: Quels ont été les temps forts du Forum?

Jakob Nüesch: Nous sommes arrivés à la conclusion qu'il ne suffit plus de trouver des solutions techniques aux problèmes. Dorénavant il faut d'abord définir le but que l'on souhaite atteindre. Et cet objectif, c'est le développement durable. Nous avons besoin de techniques qui consomment peu d'énergie, qui entravent moins la qualité de vie et qui ménagent les ressources naturelles. Je ne prône pas un retour à la nature comme Rousseau. Il y a des technologies en herbe, séduisantes comme la navigation par satellite, qui peuvent servir pour le siècle prochain. Mais elles doivent être utiles à tous.

– Comment changer le modèle actuel?

– La politique a un grand rôle à jouer en créant d'autres normes. Mais elle dépend des électeurs. Pour changer, il faut adopter une approche de système qui englobe l'éthique, le social, l'économie, le philosophique et le politique et réunir ces forces autour d'un but: le développement durable. On ne peut plus avoir de clivage entre les sciences. En cela, le Forum est formidable car il crée cette plate-forme interdisciplinaire.

– L'Asie, avec l'explosion démographique qu'elle connaît actuellement, rencontrera d'énormes problèmes?

– Oui, mais pas seulement l'Asie. Le monde occidental également. On ne peut pas penser Est contre Ouest ou Nord contre Sud. Dans les vingt prochaines années, on assistera à une hausse de 20% du transport mondial de personnes, un doublement de celui des marchandises. Pour le fret, par exemple, il faudra créer des systèmes unifiés en Europe. Il y a d'ailleurs déjà des projets.

– Assistera-t-on prochainement à une disparition des transports au profit des télécommunications?

– Je ne pense pas car le contact humain sera toujours important. La mobilité est un élément constitutif de l'homme et je ne crois pas que l'électronique va l'empêcher de bouger. Il faut simplement trouver des moyens plus adéquats à la mobilité. C'est une illusion de croire qu'on va pouvoir supprimer toutes les voitures. Le défi c'est de développer des véhicules qui consommeront toujours moins d'essence.

Propos recueillis par Emmanuelle Brossin