• Le silence est d’or!

Confrontés à l’impératif «restez à la maison», les introvertis semblent bien armés pour tirer le meilleur parti de cette situation, y compris sur un plan professionnel, car ils peuvent compter sur leurs ressources personnelles acquises depuis l’enfance (dans la construction de la personnalité, la préférence entre l’extraversion et l’introversion se met en place vers l’âge de 7 ans).

Pour s’en convaincre, il suffit, sur Netflix, de se plonger Dans le cerveau de Bill Gates, documentaire passionnant, qui nous permet de découvrir une de ses stratégies pour se régénérer: une semaine de lecture dans une cabane isolée avec, comme compagnon, un cabas rempli de livres aux titres éclectiques!

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Décrits par Carl Gustav Jung en 1921 dans son ouvrage Les Types psychologiques, les introvertis sont, en effet, énergisés par leurs expériences intérieures. Ils ont un besoin vital d’intimité, de temps passé seul ou avec un cercle restreint de personnes dont ils sont proches, conditions clés pour leur réflexion. Ils se plaisent dans le monde des idées et des concepts.

  • Pratiquer la distance sociale est une aubaine pour eux!

Libérés des contraintes de la socialisation, ils voient dans le confinement une opportunité de se concentrer, structurer leurs idées, écrire, exprimer leur sensibilité, leur créativité et révéler tous leurs talents. Protégés par l’écran du télétravail, ils osent et quand une pause leur est nécessaire, les applications pour pratiquer la méditation, le yoga ou les langues étrangères font leur bonheur.

Les extravertis sont nettement moins à leur aise ces jours-ci.

Difficile pour les extravertis de s’auto-suffire

Difficile pour eux, en effet, de s’auto-suffire; d’installer une discipline de travail, d’être dynamisé, motivé sans le carburant relationnel. Privés des stimulations du monde extérieur, ils se désolent, s’étiolent.

Heureusement, Teams, Zoom, Slack, FaceTime, Skype… viennent à leur secours! Ils sont les premiers à les installer, ils en usent, en abusent et on un mal fou à couper le micro. L’écoute ne leur suffit pas. Via ces plateformes, ils satisfont leur besoin de s’exprimer, d’avoir l’attention des autres. Aux messages écrits, ils préfèrent définitivement les appels téléphoniques et les vidéos dans lesquelles ils se mettent en scène et continuent ainsi de captiver leur public.

Toujours selon la définition de Jung, les extravertis puisent leur énergie dans l’interaction avec l’environnement et la relation aux autres. Ils sont dynamisés par les contacts et les demandes extérieures. Ils ont du plaisir à participer à des activités en groupe. Ils sont enthousiastes, expriment leurs émotions, n’hésitent pas à briser la glace! Ils valorisent la variété des expériences, le changement, la nouveauté.

Dès lors, il n’est pas étonnant que ce soient eux qui multiplient les initiatives pour rendre le confinement supportable: groupes de travail, de partage à thème, café, cours de sport collectif, apéritif du vendredi après-midi… le tout en mode virtuel. Les introvertis se joignent alors volontiers à eux, sinon quel serait leur impact sur le monde depuis leur univers confiné?

Et, à la nuit tombée, quand il est l’heure de rendre hommage au remarquable travail du personnel soignant, tous sont au balcon!


*Agnès Gabirout, directrice des ressources humaines, Collège Champittet