Les marchés sont-ils devenus insensibles à la politique? L’invasion du Capitole par des partisans de Donald Trump, mercredi 6 janvier, n’a pas freiné la progression des marchés actions américains. L’indice Dow Jones a progressé de 1,44% ce jour-là. L’événement a également coïncidé avec une remontée du dollar, alors que le billet vert est inscrit dans une tendance baissière depuis plusieurs années.

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Comment l’expliquer? D’abord car «Trump sera parti dans moins de deux semaines, cette donnée est déjà intégrée dans les cours, analyse Peter Kinsella, responsable du marché des changes à l’Union Bancaire Privée (UBP). Les investisseurs sont surtout focalisés sur la nouvelle administration Biden.» En particulier, depuis que les démocrates ont remporté les deux sièges en jeu lors de l’élection pour le Sénat dans l’Etat de Géorgie du 5 janvier, le parti du nouveau président est majoritaire à la Chambre haute grâce à la voix de la vice-présidente élue Kamala Harris, qui pourra départager les votes.

Davantage de stimulus

«L’administration pourra donc conduire un programme de stimulus économique plus large et plus agressif, poursuit Peter Kinsella. Cela se traduira par la distribution de fonds d’urgence et des investissements massifs dans les infrastructures. Tout cela n’est absolument pas affecté par les événements qui se sont produits au Capitole.»

Ces événements et leur suite éventuelle – une seconde procédure de destitution de Donald Trump – sont donc davantage de nature politique qu’économique. Il ne s’agit pas de nier leur caractère significatif pour les Etats-Unis en tant que pays, mais ils n’ont aucun impact sur les marchés financiers, résume notre interlocuteur.

Rebond modeste du billet vert

Avec cette nouvelle configuration au Sénat, «les marchés prévoient que la politique monétaire et la politique budgétaire de l’administration Biden seront davantage synchronisées, ce qui n’était pas forcément le cas auparavant», observe Gero Jung, chef économiste de Mirabaud Asset Management. Selon lui, avec l’ancienne présidente de la Réserve fédérale Janet Yellen au poste de secrétaire au Trésor et Jerome Powell à la tête de la Fed, les investisseurs s’attendent à davantage d’efficacité des politiques monétaires et fiscales.

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Toujours dans la semaine du 6 janvier, le dollar a connu une remontée, alors qu’il baisse depuis des années. Le mouvement est certes limité puisque le billet vert est passé de 0,88 à 0,89 contre le franc depuis le 6 janvier. Il valait encore 1,02 fin avril 2019. Contre l’euro, son cours est passé de 0,81 à plus de 0,82.

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«Cette hausse modeste découle surtout du relèvement du rendement des bons du Trésor américains à 10 ans, de l’ordre de 15 points de base, reprend Peter Kinsella, de l’UBP. Les attentes d’inflation ont été un peu relevées, là encore parce que la nouvelle administration, avec un Congrès contrôlé par le Parti démocrate, pourra dépenser davantage.» Ce rendement est passé d’un peu plus de 0,90 à 1,10% en quelques jours.

Tendance baissière intacte

Le dollar est donc devenu plus attractif, car la différence de taux lui est devenue plus favorable, détaille Gero Jung, de Mirabaud: «Dans le même temps, le rendement d’une obligation d’un autre pays et considérée comme sûre n’a pas bougé autant, comme exemple le Bund allemand.»

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Pour nos deux interlocuteurs, cette reprise du dollar ne devrait être que passagère. Tant l’UBP que Mirabaud conservent leur vue baissière sur la devise américaine. Car les fondamentaux n’ont pas changé: le déficit public est immense, l’assouplissement quantitatif toujours en cours et les taux d’intérêt très bas. Autant de facteurs défavorables au billet vert.