Vos finances

Comment investir et aider socialement?

Les produits ne manquent pas qui combinent rendement et impact social. Ils font souvent intervenir des sociétés spécialisées. Mais pas uniquement

Les épargnants accordent souvent une grande valeur aux facteurs sociaux et environnementaux, parfois davantage qu’à la maximisation du rendement. Investir et aider socialement? «Chez Credit Suisse, un grand nombre d’investisseurs privés nous posent cette question. Un investisseur privé peut contribuer à aider les individus à faible revenu à travers le «placement à impact», explique Olivier Rousset, spécialiste de l’Impact Investment auprès de la grande banque. Le rendement financier a atteint 4% par an en moyenne dans ce segment entre 2004 et 2015, indique-t-il.

En termes de produits, Credit Suisse offre un fonds de placement ouvert dans la microfinance, responsAbility Global Microfinance Fund, et un produit structuré dans le secteur de l’éducation: la Higher Education Note 2. La manière la plus simple de l’intégrer dans un portefeuille consiste, selon Olivier Rousset, à le considérer comme investissement alternatif au vu des caractéristiques de diversification (faible corrélation) et un certain manque de liquidité.

UBS, pour sa part, avance deux lignes de produits. La première consiste en produits «petits mais à caractère de pionnier, à l’image d’une obligation à impact social en Israël et d’une obligation à impact de développement au Rajastan», selon le porte-parole. La deuxième comprend des produits qui peuvent être intégrés dans des portefeuilles, comme deux fonds privés de capital investissement avec impact.

Dans les placements à impact, «il est toutefois conseillé de porter un regard sur la rentabilité de l’entreprise et la liquidité des actions, car les risques ne doivent jamais être négligés», fait valoir VZ VermögensZentrum. Le spécialiste du conseil cite l’offre des membres du «Global Impact Investing Network», soit UBS, Credit Suisse, ResponsAbility, LGT Venture Philanthropy, Deutsche Bank, Goldman Sachs, JP Morgan, Lombard Odier, Morgan Stanley.


La société de gestion d’actifs ResponsAbility, avec près de 3 milliards sous gestion, est clairement la référence du marché, selon nos interlocuteurs. Elle offre deux fonds destinés au grand public dont l’objectif est à la fois financier et social, un fonds agricole (obligataire) et un fonds de microfinance. «Nous ne sommes pas une ONG et nous investissons dans des sociétés qui font des bénéfices. Mais nous ne visons pas uniquement la rentabilité. Nous avons cinq critères d’investissement. Le premier est la solidité financière, mais il en existe 4 autres», explique Rim Azirar, responsable des investissements agricoles en Afrique subsaharienne.

Le ResponsAbility Fair Trade Fund, avec 158 millions de dollars sous gestion et lancé en 2011, présente un rendement financier 2,26% en un an en francs. L’indicateur de performance sociale indique que le fonds a atteint 84 434 agriculteurs. Très diversifié, il compte 185 investissements dans 42 pays. La baisse des matières premières pénalise la performance à court terme de ce fonds: «Nous sommes confrontés à la volatilité des matières premières. Mais nous sommes présents aussi bien sur des matières premières cotées sur les marchés (café, soja, cacao) que sur des produits locaux et des biens de première nécessité dont la volatilité est assez faible», fait valoir Rim Azirar.

L’autre fonds, le ResponsAbility Global Microfinance Fund, est un leader dans le monde de la microfinance. Son volume dépasse 1 milliard de dollars. Il est très ancien puisqu’il a été lancé en 2003. Son rendement sur 3 ans est de 6,33% au total. Il touche 766 944 micro-entrepreneurs et 35 millions de clients d’instituts de microfinance (79% de femmes).

La microfinance consiste à «mettre à disposition des services financiers à des clients à faible revenu et une modeste épargne en vue d’une activité entrepreneuriale», écrivent Peter Fanconi et Patrick Scheurle, directeurs de BlueOrchard dans un livre sur la microfinance qui sort ces jours, avec une préface de Klaus Schwab (Small Money Big Impact, Ed. NZZ). L’accès au crédit est crucial pour assurer la croissance des régions les plus pauvres, écrivent-ils. L’origine de ce type de crédit remonte aux moins franciscains des 14ème et 15ème siècles, mais les véritables débuts de la microfinance actuelle sont liés, selon les auteurs, à Muhammad Yunus (Nobel de la paix 2006), le fondateur de la Grameen Bank en 1976. Pour l’heure, 200 millions de personnes profitent de ces micro-crédits. Au cours des dix dernières années, «grâce à la professionnalisation de la branche, le volume d’actifs investis en microfinance a décuplé à 11,5 milliards de dollars», écrivent-ils. 80% de ces fonds sont investis en placements de taux d’intérêt et 20% en actions.

La Banque Alternative Suisse (BAS), une petite banque avec 300 millions de francs sous gestion pour 3678 dépôts fin 2014, (le quart en Suisse romande) entend aussi marier les objectifs sociaux, environnementaux et financiers dans les placements. «Notre particularité consiste à proposer des obligations de caisse de 1000 francs qui servent à financer des projets sociaux, ou dans les énergies renouvelables, les coopératives d’habitation, l’agriculture biologique, la formation et la culture, explique Nathalie Ruegger, responsable placements Romandie de la BAS. Soit l’épargnant souscrit à une obligation de caisse sans choix du projet visé avec un taux évolutif (actuellement un taux d’intérêt de 0,5% à 8 ans), soit il achète des «obligations de caisse d’encouragement» à un taux fixe de 1/8% (4 à 8 ans), ce qui lui permet de choisir le secteur qu’il entend soutenir.

La BAS propose aussi une plateforme de placements avec des critères durables à travers une liste de fonds de placement, les deux produits de ResponsAbility ainsi que des titres de sociétés suisses et internationales, et des prêts fiduciaires à des pays en développement.

Les instituts de gestion de fortune sont parfois très actifs. Grégoire Imfeld, responsable du Family Office Services chez Pictet Wealth Management, explique que son groupe «est actif dans le domaine de la philanthropie à différents niveaux». Il offre des solutions patrimoniales, via la création de fondations ou par l’intermédiaire de fondations abritantes pouvant accueillir des projets individuels. Enfin, la Fondation de bienfaisance du groupe Pictet gère, depuis 2009, les activités philanthropiques de Pictet et accorde son soutien financier à diverses œuvres caritatives genevoises, suisses et étrangères.

La Banque Migros pour sa part n’offre pas de fonds de microfinance ou de produits similaires, selon son porte-parole, mais elle soutient des projets d’intérêt général dans le sens où 10% de ses dividendes vont au fonds de soutien Engagement Migros (développement durable, diversité culturel et sport en Suisse).

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