Depuis l’adoption des Principes pour l’Investissement Responsable par les Nations unies, l’investissement responsable a évolué: d’activité de niche, il s’est transformé en approche conventionnelle. L’élaboration de notes ESG par Morningstar et certains conseillers en investissements illustre le souhait des investisseurs institutionnels de mieux comprendre comment est investi leur argent et de partager publiquement leurs convictions.

Pour un capitalisme durable

Plus récemment, des investisseurs individuels, des «family offices» et des fondations ont adopté des principes similaires, montrant ainsi une volonté croissante d’investir dans le cadre d’un capitalisme plus responsable. Ce phénomène résulte de plusieurs tendances indépendantes les unes des autres.

Les scandales d’entreprise ne sont pas un fait nouveau, mais les problèmes qui ont englouti Enron, Worldcom, Parmalat et Petrobras continuent de résonner dans l’esprit des investisseurs, dont beaucoup n’ont pas fini de payer les conséquences de ces fautes de gouvernance.
Les problèmes environnementaux tels que la mauvaise qualité de l’air dans les grandes villes, la contamination de l’eau et le changement climatique constituent des défis sociétaux, économiques et politiques. Cette situation crée de nouvelles opportunités économiques, susceptibles d’apporter des solutions concrètes à ces problèmes.

Le consommateur provoque le changement

L’évolution des préférences des consommateurs vers des produits plus propres et plus sains, tels que les voitures électriques et l’alimentation biologique, redéfinit les modèles d’activité d’entreprises traditionnellement perçues comme représentant des investissements sûrs.
Les politiques publiques en matière de changement climatique, de fiscalité des entreprises ou de boissons gazeuses érodent lentement mais sûrement la rentabilité d’entreprises ayant tendance à générer des profits aux dépens de la société.
Un changement des paradigmes économiques est nécessaire dans le secteur énergétique, où de plus en plus d’énergies renouvelables n’ont plus besoin d’aides publiques pour être compétitives face aux combustibles fossiles. Pourtant, elles bénéficient encore de subventions dans de nombreux pays.
Pour les investisseurs, nous entrevoyons trois options permettant d’atténuer les risques et de capter les opportunités de placement résultant de ces tendances.

Evaluer les faiblesses intrinsèques

Premièrement, être en mesure de mieux détecter les «torpilles» au sein des portefeuilles. Avant d’investir dans des entreprises cotées, nous préconisons une analyse systématique des structures de gouvernance afin d’identifier des faiblesses intrinsèques comme le recours à des paramètres à court terme d’ordre comptable pour fixer la rémunération des dirigeants.

Une deuxième option est de se focaliser sur les «gagnants à long terme». Ces entreprises tendent à être plus résistantes aux fluctuations du cycle économique et plus aptes à intégrer des tendances disruptives dans leur stratégie de développement. Nous estimons donc qu’elles sont mieux positionnées pour générer des rendements stables sur le long terme. L’identification d’entreprises durables exige toutefois une bonne compréhension de leurs fondamentaux, de leur modèle économique, de la qualité de leur gestion et de leur historique.

Une troisième option consiste à cibler un univers concentré d’entreprises spécialisées dans le développement de solutions spécifiques aux problèmes environnementaux, telles que la technologie du traitement de l’eau, l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables ou faiblement émettrices de gaz carbonique. Il s’agit en fait d’un scénario d’investissement de croissance, dans la mesure où ces activités sont appelées à se développer plus rapidement que le PIB mondial.

Résister à la pression du court-termisme

Dans tous les cas, le facteur temps joue un rôle crucial. Les investisseurs doivent constamment résister à la pression du court-termisme ou à la tentation de considérer les entreprises comme des produits de base. Nous constatons aussi un besoin de paramètres spécifiques visant à mesurer les caractéristiques ESG des portefeuilles, comme l’empreinte carbone.

Il n’existe pas de solution à «taille unique», mais plus l’horizon temporel est lointain, plus la probabilité est forte que le capitalisme responsable devienne la meilleure façon pour les investisseurs de sortir gagnants sur le long terme.