gros plan sur un marché

Investir dans les métaux précieux pour se protéger à long terme

Placer une partie de sa fortune dans l’or ou l’argent permet de se prémunir contre les politiques gouvernementales d’inflation qui sont toujours en cours

Les métaux précieux pour se protéger à long terme

Investir dans l’or ou l’argent permet de se prémunir contre les politiques gouvernementales d’inflation qui sont toujours en cours

«Après le match, c’est avant le match.» Ce dicton de footballeurs projette sur les marchés financiers une issue où le gagnant, le perdant et les meneurs sont déterminés avant le début du match. Depuis la crise du crédit de 2008, l’assouplissement quantitatif («Quantitative Easing» ou QE) est synonyme de politique monétaire ultra-accommodante. Si les programmes de QE de la Fed et de la BCE ont alimenté l’inflation des actifs et la croissance des dettes, leur effet en termes de croissance économique durable et de stabilisation du marché du travail s’est perdu dans les statistiques. Il est en effet impossible de prouver, ou de démentir, que le programme d’assouplissement monétaire massif de la Fed a eu un quelconque effet sur la croissance économique ou la reprise sur le marché du travail. En revanche, ces mesures ont bien permis de gagner du temps et de maintenir en vie plus longtemps les marchés financiers ou les banques, mais pas davantage.

Il faut ainsi prendre avec précaution la baisse récente du taux de chômage aux Etats-Unis à 5,6%, car la part de la population active intégrée au monde du travail a dans le même temps baissé à 62,7%. La base des consommateurs privés américains continue de s’éroder et vient gêner la reprise présumée. Facteur aggravant: davantage de postes ont été créés, mais uniquement avec des salaires en baisse. Rien d’étonnant, donc, à ce que les acteurs du marché n’aient pas réellement apprécié les chiffres «positifs» de croissance et d’emploi des Etats-Unis à la fin de l’année, envoyant les marchés d’actions à la baisse. La correction sur les prix du pétrole, la rétrogradation de la Russie en catégorie spéculative («junk») et la reprise des combats en Ukraine ont plombé le sentiment et jeté, littéralement dans ce contexte, de «l’huile sur le feu».

La Fed s’est retrouvée sous pression avec ses programmes de QE: son bilan s’est alourdi de 900 à 4500 milliards de dollars depuis 2008, sans atteindre l’effet escompté. On attend d’une politique monétaire ultra-accommodante une activité d’investissement active, aussi bien dans le secteur privé que public. Dans une perspective à court et moyen termes notamment, d’autres facteurs jouent cependant en la matière un rôle nettement plus important que l’abondance théorique d’argent bon marché. Pour leurs décisions d’investissement, les entreprises ne se fondent pas en priorité sur le niveau des taux d’intérêt, mais davantage sur leurs perspectives d’avenir, leur rentabilité ou leur charge fiscale future. Des coûts de financement peu élevés ne sont pas des catalyseurs pour les décisions d’investissements, mais seulement l’un des nombreux facteurs de l’analyse globale.

Avec le programme de QE de 1140 milliards d’euros jusqu’en 2016 annoncé le 22 janvier, la tâche sera encore moins aisée pour la BCE: elle ne peut pas, comme la Fed, simplement racheter des bons du Trésor américain, et doit racheter des obligations de 19 Etats de l’UE, à hauteur de 60 milliards d’euros par mois. L’abandon du cours plancher par la BNS le 15 janvier a montré à quel point les changements de direction rapides de politique monétaire pouvaient être surprenants et profonds pour garantir une indépendance à long terme dans les luttes croissantes sur les devises.

Après les programmes de QE, il reste toujours une gigantesque montagne de dettes qui ne peut être réduite que par une inflation des dettes et des devises organisée par l’Etat. Lorsque le processus de tapering s’est arrêté fin septembre 2014, la Fed a pris une première mesure de reflation de son bilan. Mais la fin des rachats obligataires n’est en aucun cas synonyme d’abandon de la politique monétaire souple des Etats-Unis. La Fed va laisser la phase de taux d’intérêt bas proche de zéro pour un «laps de temps significatif» et se réserve une «politique monétaire accommodante». En d’autres termes, le bilan de la Fed n’augmente plus pour le moment, mais on ne peut parler d’un retour à un niveau antérieur à 2008. La BCE emprunte désormais, en janvier 2015, le chemin choisi par la Fed à partir de 2008, puis abandonné en septembre 2014. Mais la BCE devra, outre les questions légitimes de l’efficacité de son programme de QE, affronter des problèmes notamment politiques, comme la victoire aux élections grecques du parti Syriza le 25 janvier et ses conséquences. Les débats anti-austérité en Grèce reflètent l’extrême frustration du peuple dans son ensemble contre les diktats de Bruxelles. C’est une réalité à laquelle la zone euro doit faire face et qui ne se limite pas à la Grèce, mais peut s’étendre tout comme la déflation menaçante. Pour celui qui veut, en tant qu’investisseur, se protéger de ces conséquences et de la politique gouvernementale d’inflation, les métaux précieux sont incontournables à long terme. Si la BCE atteint son objectif d’inflation de 2% par an avec son QE, notre pouvoir d’achat actuel sera systématiquement détruit de 50% en 37 ans par l’inflation d’Etat. Les devises non endettées et les métaux précieux souffrent certes parfois d’un dollar fort, mais, dans des conditions normales, ces actifs font valoir leur qualité de valeurs réelles, non soumises à l’inflation. La méfiance des acteurs du marché envers les données américaines soi-disant positives et les conséquences à long terme du QE se traduisent par une dynamique favorable pour les métaux précieux. L’euphorie des marchés d’actions à la suite des injections de liquidités du QE peut, comme dans le passé, se transformer en un éclair en liquidations et fuite vers des valeurs réelles comme l’or, ce qui renforcera la volatilité et l’incertitude. Dans ce contexte, il est peu surprenant que l’or, l’argent et le platine aient respectivement augmenté de 6,4%, 7,5% et 0,9% depuis de début de l’année, tandis que le palladium baissait de 3,3% en raison de perspectives de croissance mesurées.

* Swiss & Global Asset Management

L’or, l’argent et le platine ont augmenté de 8,7, 14,7 et 4,2% depuis de débutde l’année

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