Après VAT et Wisekey, Investis pourrait être la troisième entreprise suisse à effectuer une entrée en bourse (IPO) cette année. La société, active dans l’investissement immobilier résidentiel sur l’Arc lémanique et qui propose aussi des services immobiliers sur le plan national, a annoncé mardi dernier son intention d’être cotée à la SIX Swiss Exchange. L’opération devrait permettre au groupe de lever un montant «de l’ordre de 150 millions». Stéphane Bonvin, le fondateur et directeur d’Investis, souligne toutefois vouloir conserver une «forte participation majoritaire dans Investis».

Dans les immeubles d’habitation («Properties»), Investis détient un portefeuille d’une valeur évaluée à 857 millions de francs à fin 2015. Il se compose presque exclusivement d’immeubles d’habitations comprenant 2220 unités résidentielles. Ce segment a généré l’an dernier des revenus locatifs de 41 millions et un résultat opérationnel avant intérêts et impôts (EBIT) de 57 millions de francs. Quant aux services immobiliers («Real Estate Services»), le segment a généré des revenus 131 millions de francs pour un EBIT de 6 millions l’an dernier. En tout, Investis a réalisé en 2015 un résultat opérationnel de 60,2 millions et un bénéfice net de 44,6 millions.

Lire aussi: L’Arc lémanique a été dépassé par son propre pouvoir de séduction

Rencontré par «Le Temps», Stéphane Bonvin se dit convaincu que l’IPO sera «une autre étape importante dans l’histoire du groupe». Le Valaisan a créé l’entreprise en 1994 comme une activité immobilière classique, en achetant des immeubles dans la région lémanique, puis en en revendant selon les besoins de financement de la société. Au contraire d’assurances ou de caisses de pension, Investis ne disposait pas initialement de fonds à investir provenant de tiers, raconte son fondateur.

Par la suite, Investis s’est lancé peu à peu dans les services immobiliers, opérant dans ce domaine via différentes marques locales comme la Régie du Rhône, Privera, Treos et Sorenova qui représentent un effectif d’environ 1060 collaborateurs.

Jusqu’à Fribourg tout au plus

Le portefeuille d’immeubles se concentre dans les cantons de Genève (64%), de Vaud (27%) et du Valais (7%). L’entrée en bourse doit-elle servir à financer une expansion de la société hors de ses marchés actuels? Ce n’est pas l’intention d’Investis. La société observe en effet que l’immobilier est un secteur d’activité lié à l’évolution démographique d’une région. La société raisonne en termes de cash-flow – l’important étant que les loyers soient payés – plutôt qu’en termes de valorisation du marché, selon son fondateur.

La région genevoise a l’avantage de continuer de bénéficier d’une importante immigration, alors qu’il faut du temps pour que de nouveaux projets immobiliers arrivent sur le marché. Dans le canton de Vaud, la région lausannoise reste jugée attrayante, même si le grand nombre de projets de logements actuellement en cours dans l’ouest de la ville pourrait, à terme, avoir des répercussions négatives sur le Chablais ou le Nord vaudois. A terme, des acquisitions au cas par cas pourraient tout au plus être envisagées dans des cantons voisins, à l’exemple de Fribourg qui bénéficie d’une forte croissance démographique. En revanche, une expansion en Suisse alémanique n’est pas à l’ordre du jour.

La part de l’immobilier commercial restera marginale

Si Investis détient aussi des surfaces commerciales, l’objectif n’est pas de réduire la part des loyers d’habitation. Quant aux 9% de son portefeuille constitué par des surfaces de bureau ou commerciales, il s’agit notamment des immeubles utilisés par la société elle-même. Ou alors par exemple des surfaces de bureau converties plus tard en immeubles d’habitation. Un ancien hôtel situé près de la gare de Lausanne avait aussi été transformé en immeuble avec des appartements.

Lire aussi: La bourse séduit à nouveau les entreprises

Pourquoi avoir opté pour une entrée en bourse plutôt que de continuer à croître par ses propres moyens? La société évoque plusieurs raisons. Tout d’abord, les fonds récoltés lui permettront de garder un ratio d’endettement raisonnable inférieur à 40%, alors qu’il est souvent beaucoup plus élevé pour de nombreuses autres sociétés. L’opération lui permettra aussi de continuer à investir dans son portefeuille immobilier, à l’heure où de nombreuses personnes de la génération dite des «baby-boomers» cherchent à revendre leur société ou des immeubles.

Nouveaux services grâce à la numérisation

Par ailleurs, Investis entend aussi continuer d’investir dans la numérisation. La société propose par exemple un portail destiné à locataires qui leur permet de résoudre divers problèmes. La société investit aussi dans une plateforme permettant de visualiser un appartement et d’effectuer une visite virtuelle. Une approche qui permet de réduire de manière importante le nombre de visites pour un objet donné.

Les actions d’Investis sont destinées à tout le monde. Il peut s’agir aussi bien de caisses de pension, de personnes moyennement ou très fortunées que d’investisseurs individuels. Le timing de l’entrée en bourse n’a pas encore été arrêté mais celle-ci devrait avoir lieu «dans les prochains mois», selon Investis.