Un œil sur la place financière

Investissement durable, un nouveau moteur de performance

La notion de durabilité provoquera des bouleversements économiques comparables à la révolution internet. Elle apportera aux investisseurs une capacité à surperformer le marché

La durabilité («sustainability», en anglais) des modèles d’affaires est le premier principe de l’investissement à long terme. Elle constitue un élément essentiel tant du développement économique que de la recherche de la performance financière. Ces deux sujets sont d’ailleurs intimement liés.

Notre économie fonctionne aujourd’hui selon un modèle qui n’est pas tenable à long terme. Au cours des décennies à venir, des problématiques comme le progrès technologique, le changement climatique, les évolutions démographiques, la raréfaction des ressources naturelles ou les inégalités auront un effet transformant sur nos économies.

Les modes de consommation, l’action des gouvernements et les évolutions environnementales amènent déjà les entreprises, qui sont le moteur de nos économies et des performances des portefeuilles, à s’adapter en faveur d’un modèle plus pérenne.

Comportement sanctionné

Le comportement d’achat des consommateurs reflète de plus en plus une conscience sociale et environnementale grandissante. Le récent scandale qui touche Facebook autour de l’utilisation des données personnelles des internautes et le mouvement #DeleteFacebook montre bien à quel point il peut s’avérer dangereux pour une entreprise de se retrouver en porte-à-faux avec cette prise de conscience de plus en plus forte de ses clients. C’est bien le comportement de l’entreprise, non une publication de résultats décevante, qui a occasionné la sanction brutale du marché.

Les Etats réagissent aussi. Nous nous retrouvons face à une accélération de l’agenda législatif visant à aboutir à un modèle de développement soutenable à long terme. Il est important de noter que ces lois se concentrent de plus en plus sur la façon dont la communauté des investisseurs est appelée à accompagner cette transition et sur la responsabilité des plus récalcitrants. Le plan d’action de la Communauté européenne sur le financement du développement durable est un exemple parlant.

Notre environnement naturel évolue aussi, ce qui va contraindre des secteurs économiques entiers à repenser la façon dont ils opèrent. Le secteur agricole va devoir opérer une révolution en matière d’efficacité s’il veut parvenir à nourrir trois milliards de bouches supplémentaires d’ici trente ans. Le changement climatique réduit la quantité de terres agricoles et d’eau douce disponibles, ce qui va tirer vers le haut les coûts, entraver la croissance et affecter la rentabilité du secteur.

Identifier les bons élèves

Mais cette grande transition économique offrira également de nouvelles opportunités pour les entreprises qui sauront s’adapter et innover. Elles seront les gagnantes de demain, celles qui vont survivre, prospérer et gagner des parts de marché. Les entreprises les plus lentes à répondre au changement auront sans doute de plus en plus de mal à maîtriser leurs coûts, à maintenir leur rentabilité et à faire croître leur activité de manière constante.

En tant qu’investisseurs de long terme, notre métier est d’analyser quels sont les secteurs touchés par ces questions de durabilité, quelles entreprises s’adaptent et innovent, et sont susceptibles de réussir leur transition vers un modèle d’affaires pérenne. Il nous faut ensuite rassembler ces informations et les intégrer dans la construction de nos portefeuilles, avec l’ambition d’opérer une discrimination entre les bons élèves – les entreprises se préparant activement à cette transition – et les autres.

Il existe différentes approches pour implémenter la notion d’investissement responsable et durable dans un portefeuille financier.

Un premier point est notre comportement en tant qu’investisseurs. En accompagnant les entreprises dans la conduite de leur transition, en ouvrant le dialogue avec elles, en nous impliquant et en utilisant notre droit de vote, nous pouvons les encourager à des pratiques plus durables. C’est une responsabilité importante.

Approche «best-in-class»

Une seconde approche consiste à évaluer la durabilité des entreprises dans lesquelles nous investissons. Dans ce cas, les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) offrent un ensemble de normes utiles pour opérer une distinction entre les entreprises en fonction de la qualité de leurs pratiques opérationnelles. L’ESG se préoccupe peu de ce que la société produit effectivement, mais plutôt de la manière dont elle produit.

En substance, la question à laquelle on essaie de répondre est celle de savoir comment l’entreprise interagit avec l’ensemble de son écosystème de parties prenantes. Les entreprises qui adoptent les meilleures pratiques sont plus susceptibles d’être sensibles à ces questions de durabilité et seront donc probablement mieux positionnées pour assurer cette transition vers un modèle d’affaire pérenne à long terme. Et en se concentrant ainsi sur les pratiques d’entreprise, nous sommes capables d’intégrer la notion de durabilité à une proportion importante de n’importe quel portefeuille.

Chez Lombard Odier Investment Managers, nous analysons environ 14 000 entreprises à l’échelle de la planète sur des critères ESG, ce qui constitue un outil appréciable pour mettre en place une approche «best-in-class» dans un portefeuille actions ou obligataire.

Si cette approche permet une meilleure gestion des risques, la révolution de la durabilité se traduit aussi par des opportunités à saisir. Dans un monde en pleine transition, il y aura des gagnants et des perdants. En identifiant pour chaque secteur les facteurs clés de durabilité des modèles économiques, il devient possible d’identifier les potentiels vainqueurs de la transition et d’infléchir les portefeuilles en ce sens afin de les exposer aux moteurs de performance de demain. Cette troisième approche de l’investissement durable est typiquement le fait de gestionnaires actifs ou cultivant de fortes convictions. Et l’ambition de Lombard Odier Investment Managers est bien d’intégrer cette dimension au cœur de toutes les décisions d’investissement.

Source de surperformance

Enfin, «l’impact investing» à proprement parler, qui se traduit par le financement d’activités visant à fournir des solutions aux défis les plus impérieux, suscite un intérêt grandissant. Mais, à l’exception des «green bonds», son champ d’application est restreint à des marchés peu liquides et de fait à seulement une petite partie des portefeuilles.

Si la notion de durabilité se traduit bien, comme nous le pensons, par des bouleversements économiques comparables à la révolution internet, l’intégration de telles approches n’est pas seulement affaire de saine gestion des risques. Elle apportera aux investisseurs une capacité à surperformer le marché et il est du devoir fiduciaire des investisseurs de l’incorporer dans leurs portefeuilles.

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