Les investisseurs de plus 50 ans sont plus sereins face à la crise actuelle. On les penserait plus prompts à protéger leurs actifs, car plus proches de la retraite ou de la transmission de leur patrimoine, mais la dernière édition de l'étude Barclays Wealth Insight publiée lundi montre que, en période de volatilité, ils sont moins soucieux d'agir pour protéger leur portefeuille: augmenter la part de liquidités (43% d'entre eux contre 51% pour les moins de 50 ans), consacrer plus de temps au négoce (35% contre 42%) ou, simplement, changer de gérant (29% contre 33%).

La Chine veut de la pierre

«Cela s'explique probablement par le fait que les plus de 50 ans ont connu plusieurs cycles, commente Philippe Sednaoui, directeur général de la banque Barclays en Suisse. Ils ont plus d'expérience, et savent aussi relativiser les résultats de leurs décisions de placement.» A l'inverse, pour des investisseurs plus jeunes, la crise actuelle est quelque chose de nouveau. Ils ont surtout connu une longe phase de hausse qui a débuté à la fin de la Guerre froide et qui semble se terminer aujourd'hui. Cette période a certes été marquée par quelques accrocs comme la bulle Internet ou la crise asiatique, mais sa durée, 20 ans, est sans commune mesure avec les 4 à 5 ans des cycles précédents. Le sondage a été réalisé par l'Economist Intelligence Unit en mars et avril auprès de 2300 personnes des cinq continents disposant d'une fortune investissable d'au moins un million de francs. Il montre aussi une différence importante entre les priorités dans les pays industrialisés et émergents. Dans ces derniers, les High Net Worth se disent plus enclins à augmenter leur niveau de risque en période de volatilité. Ils sont aussi 48% à vouloir accroître dans les douze mois la part de leur portefeuille consacrée à l'immobilier, contre 37% dans les pays industrialisés.

Les Chinois (57%), les Indiens (48%) et les Singapouriens sont les plus enthousiasmés par la pierre. A l'opposé, les Britanniques (32%), ainsi que les Espagnols, les Allemands, les Japonais ou les Italiens (33% chacun) sont les plus réservés, ce qui reflète certainement des craintes sur les prix immobiliers dans le court terme, relève l'étude. Les Suisses et les Américains se situent au milieu (37% chacun), ce qui semble indiquer que les Américains sont plus optimistes que les Britanniques sur les perspectives de ce marché.

Investisseurs des pays émergents et développés sont par contre d'accord sur leurs autres priorités, soit augmenter la part de leur portefeuille dédiée aux actions internationales (36% et 40%) et aux matières premières (40% et 33%). Les placements alternatifs (29% et 24%) continuent de susciter un certain intérêt. Obligations, liquidités et devises arrivent en queue de classement.

Selon le dernier World Wealth Report de Merrill Lynch et Cap Gemini, les pays émergents sont ceux qui connaissent l'accumulation de fortune (+16,5% en 2007, contre 4,2% pour l'Europe et les Etats-Unis) et la progression du nombre de millionnaires (+8,8% contre 4,9%) la plus dynamique. Le rapport de Barclays montre pour sa part que les Asiatiques commencent aussi à prendre de l'assurance. Aux questions sur l'évaluation des niveaux de connaissance sur les classes d'actifs et d'autres thèmes liés à l'investissement, les Américains sont les investisseurs qui ont le plus confiance dans leur bagage. Les Asiatiques viennent ensuite et s'estiment souvent plus compétents que les Européens. Sur le private equity, leur niveau de confiance est même le plus élevé de la planète. La plupart des fortunes asiatiques sont de première génération: leurs détenteurs les ont constituées par leurs affaires, ce qui favorise la compréhension de cette forme d'investissement dans des sociétés non cotées, relève le rapport.