Marché

Les investisseurs aiment déjà le président brésilien Jair Bolsonaro

La bourse de São Paulo n’en finit plus d’applaudir le nouveau gouvernement brésilien, qui a pris ses fonctions mercredi. Fidèle à ses promesses, ce dernier entend sabrer dans les dépenses de l’Etat, privatiser les entreprises publiques, déréglementer l’économie et faciliter l’accès aux réserves naturelles

Dans le chaos boursier mondial de ce début d’année, la bourse de São Paulo fait figure d’exception. Alors que les principaux indices ont reculé ou fait du surplace sur fond d’incertitudes sur l’économie mondiale, l’indice Ibovespa, qui regroupe les 50 principales capitalisations du Brésil, a fait un bond de 3,56% mercredi, le premier jour ouvert de 2019. Une poussée historique pour saluer l’entrée en fonction du nouveau gouvernement brésilien issu des élections générales d’octobre dernier. L’Ibovespa a encore ouvert en hausse jeudi avant d’être plombé par les mauvaises nouvelles concernant les ventes d’Apple en Chine.

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Les investisseurs s’étaient enthousiasmés dès septembre à la perspective du changement de régime. Depuis lors, l’indice Ibovespa a évolué en hausse, terminant l’année en vert alors que toutes les principales places financières mondiales étaient plongées dans le rouge. Sa forte progression de mercredi s’explique par les promesses électorales qui ont été reprises par le nouveau président Jair Bolsonaro, lors de sa prestation de serment. Celui-ci s’est fait élire grâce à un programme de rupture, par rapport au gouvernement sortant, avec l’engagement de «remettre le Brésil débout».

Paul Guedes, un «Chicago Boy» à l’Economie

Le marché a aussi écouté le message de Paul Guedes, ministre d’un portefeuille élargi regroupant l’Economie, les Finances, le Plan et le Commerce. Lors de la cérémonie d’investiture, ce poids lourd du gouvernement a confirmé les axes de sa politique: réforme de la retraite, privatisation, déréglementation et réforme fiscale. Le marché n’a pas attendu longtemps pour lui donner sa bénédiction.

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«Des mercenaires du secteur privé, des bureaucrates corrompus et des créatures issues du marécage politique ont comploté contre le peuple brésilien», a entonné l’économiste diplômé de l’Université de Chicago, berceau du néolibéralisme. Il a aussitôt promis «de réformer en profondeur l’appareil gouvernemental, d’améliorer le climat des affaires, de réduire la charge fiscale des entreprises». Par ailleurs, le nouveau super-ministre a répété son objectif de privatiser de nombreuses entreprises et de réduire les dépenses publiques «afin de libérer les prochaines générations de la dette». Le cours des actions d’Electrobras, la compagnie nationale d’électricité et candidate à la privatisation, a gagné 20% mercredi et plus de 6% jeudi en cours de séance.

Paul Guedes a joué un rôle moteur durant la récente campagne électorale, apportant une crédibilité et une caution à la candidature de Jair Bolsonaro. Selon lui, le développement du Brésil a été plombé par «une insistance en faveur d’une économie centralisée plutôt que l’économie de marché. Le Brésil ne sera plus le paradis des rentiers et l’enfer des entrepreneurs», a fait valoir le nouveau ministre.

L’agro-industriel se frotte les mains

L’Ibovespa a également profité de l’impulsion donnée par la nomination de Tereza Cristina da Costa au Ministère de l’agriculture. La ministre aura également la responsabilité de la réforme agraire, la régularisation de propriétés dans les zones rurales attribuées aux peuples autochtones. Considérée proche du secteur agro-industriel, elle devrait libérer des terres au profit des cultures de rente.

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Au Brésil, les forêts protégées, y compris l’Amazonie, occupent 30% du territoire. Et environ 12% de celui-ci est réservé pour les populations indigènes. Pour Jair Bolsonaro, c’en est trop. Il a fait comprendre à plusieurs reprises que cette politique contraint les indigènes – moins d’un million – à vivre comme des animaux tout en bloquant l’espace qui aurait pu être exploité autrement pour le développement du pays. Les investisseurs agro-industriels s’en frottent les mains. Eux aussi.

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