Les questions environnementales n’ont pas quitté le devant de la scène durant cet été caniculaire. Et la sphère financière n’est pas en reste. Selon une étude de l’association Sustainable Finance Geneva (SFG), les investissements «verts» ont progressé de 83% en 2018 pour atteindre les 716,6 milliards de francs. Que ce soit pour planifier sa retraite ou épargner, les fonds verts font les devantures des sites des banques.

Pourtant, la marge de progression est encore grande. Les fonds d’investissement qui intègrent les critères de durabilité ont doublé en une année pour atteindre les 18% en Suisse, contre 25 à 30% pour les pays européens. Ce retard n’inquiète pas Fabio Sofia, président de l’association SFG. Selon lui, «vu le positionnement récent d’importants acteurs suisses en faveur de la durabilité, la Suisse va non seulement rattraper son retard mais aussi se positionner comme un pays avec les plus hauts standards de gestion de la durabilité».

Des clients privés encore sous-représentés

«La finance durable est née des valeurs des clients, explique Jean Laville, directeur adjoint chez Swiss Sustainable Finance. Tout d’abord via des exclusions, qui ont vu le jour car certains investisseurs refusaient d’investir dans des entreprises ou des secteurs spécifiques, par exemple dans des entreprises qui polluent ou vendent des armes.» L’intégration de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), définis il y a une dizaine d’années par l’ONU, est aujourd’hui la stratégie la plus répandue en finance durable.

Cependant, les acteurs privés ne s’intéressent que peu à la finance durable. En effet, seulement 12% des actifs responsables proviennent d’investisseurs privés en Suisse. Différentes raisons expliquent cette différence. De l’avis de Fabio Sofia, «la grande majorité de l’argent n’est pas dans les mains de l’investisseur privé, mais dans celles des clients institutionnels comme les caisses de pension ou les assureurs.»

Avec un plan d’épargne en fonds, un client peut constituer un patrimoine investit durablement à partir de 50 fr.

Christoph Sax, Économiste en Chef chez Banque Migros

D’autres motifs éclaircissent la sous-représentativité des clients privés. Une étude réalisée par Vontobel au printemps 2019 sur plus de 4000 investisseurs révèle que 59% des sondés ne connaissaient rien à l’approche ESG. Un résultat qui n’étonne pas Fabio Sofia: «La question de l’ESG est avant tout une question de gestion des risques, soit pas de nature à particulièrement intéresser l’investisseur privé.» Pour Jean Laville, cette méconnaissance s’explique aussi par l’investissement nécessaire auprès du banquier. «Pour intégrer ces critères, il doit réaliser un profiling du client, comprendre ce qu’il veut. Or, le gestionnaire traditionnel n’a que la culture du risque et de la performance comme finalité. Sur le sujet de la durabilité, il y a des chances qu’il tombe face à un client qui en sache plus que lui. Sa crédibilité risque donc d’être mise à mal et remise en cause», analyse-t-il.

Aussi pour les petits épargnants

Malgré le retard des investisseurs privés, le taux de croissance des fonds de placement durables dans une banque de détail telle que Banque Migros est supérieur au taux de croissance des fonds traditionnels. Un rapport WWF sur la durabilité dans la banque de détail suisse datant de 2017 mettait en avant ces produits de placement et de prévoyance durables. Depuis, la banque de détail 100% suisse a élargi sa gamme de produits durables. Actuellement, approximativement 14% du volume total des fonds et même 30% des fonds de prévoyance en vue de la retraite sont durables.

Avec ces produits, l’établissement se profile notamment sur le marché des petits et moyens épargnants. «Avec quelques milliers de francs, un client privé peut venir chez nous et choisir un portfolio durable qui correspond à son profil de risque, indique Christoph Sax, économiste en chef chez Banque Migros. Avec un plan d’épargne en fonds, il peut même constituer un patrimoine investi durablement à partir de 50 francs par mois. Nous fournissons à nos clients des données aisément disponibles sur le rendement, le risque et le processus d’investissement des fonds durables. Nous voulons être entièrement transparents.»

Actuellement, l’approche ESG n’est pas définie de manière stricte. La définition de durable est laissée à l’interprétation de chaque acteur. La banque de détail a ainsi choisi de pouvoir inclure une compagnie pétrolière au sein d’un fonds ESG, si celle-ci développe des projets d’énergies renouvelables ou durables. Cela peut paraître controversé. «Pour nous, il est important de soutenir tous les projets qui vont dans le bon sens, et de ne pas simplement mettre de côté les acteurs qui jusqu’ici n’étaient pas dans des secteurs considérés comme durables, explique Christoph Sax. Les banques ne peuvent pas tout changer du jour au lendemain. L’absence de réglementation stricte a permis aux banques de chacune développer leurs produits verts à leur rythme, c’est un processus continu qui a bien été enclenché.»

La Banque Migros a donc introduit un filtre à charbon en mai 2019. Depuis, plus aucun de ses portefeuilles n’investit dans cette ressource énergétique polluante. «Cette liberté, couplée à la transparence présente aujourd’hui dans le secteur financier suisse, permet à l’investisseur de réellement choisir les paniers d’actifs qui lui conviennent», analyse Christoph Sax. Selon les filtres actuels, les paniers ESG investissent dans les deux tiers des entreprises les plus durables, par rapport aux paniers d’actifs traditionnels.

Législation en cours

En dehors de la possibilité pour des banquiers de créer les portefeuilles selon leurs propres critères, une des grandes difficultés de la finance durable provient de l’absence de notation fiable. Les gestionnaires compilent des portefeuilles en fonction d’indices produits par des fournisseurs de notation tels qu'Asset4, MSCI, ou encore Bloomberg, qui travaillent sur la base d’un questionnaire envoyé aux entreprises. Excepté en Allemagne, les sanctions sont inexistantes si les réponses ne sont pas correctes. Puis, les entreprises de notation ajustent le résultat du questionnaire sur la base des informations qui paraissent dans la presse.

«L’agrégation des données est à améliorer, déclare Michael Rockinger, professeur de finance à la HEC de l’Université de Lausanne. Je ne suis pas certain que ces critères correspondent à la réalité. Il faudrait mettre en place un institut indépendant qui évalue les différents critères.»

La notion de label est aussi évoquée. Mais Angela de Wolff, cofondatrice de SFG, se positionne contre cette idée. «Dans la durabilité, il existe des stratégies multiples. On peut vouloir exclure des entreprises qui ne respectent pas les droits humains ou des fabricants d’armement. On peut aussi resserrer les critères en achetant uniquement des actifs de sociétés spécialisées dans les technologies propres», explique-t-elle. Un point de vue partagé par l’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA). Dans un avis rendu fin juillet, l’ESMA n’exige pas d’imposer des critères ESG aux agences de notation, mais recommande plus de transparence. Une législation est en cours d’élaboration à Bruxelles.

Au niveau des caisses de pension, les choses ne sont pas toutes roses non plus. «Bruxelles exige qu’elles communiquent et informent dans quoi elles investissent», explique Angela de Wolff. Pour celle qui promeut la finance durable depuis ses balbutiements – Angela de Wolff a fondé SFG à un moment où seulement 1% des actifs placés en Suisse l’étaient selon des principes durables, bien moins que dans le reste du monde –, le rôle des médias est également important: «Aux Pays-Bas, un scandale a éclaté dans l’opinion publique après qu’une émission de télévision a dévoilé dans quels secteurs une caisse de pension investissait.» Depuis, cette caisse de pension a entièrement revu ses actifs.

Changement générationnel

Selon Jean Laville, «il ne faut pas négliger le fait que certains banquiers ne partagent pas les valeurs prônées par la finance durable». Cette analyse est confirmée par une étude du CFA Institute publiée en mars 2019, qui met en évidence une compréhension limitée des enjeux liés aux critères ESG, le manque de culture «verte» au sein des institutions et la peur d’un rendement moindre. Cela explique la faible utilisation des critères ESG par les gestionnaires d’actifs. Aujourd’hui, il est pourtant devenu difficile d’ignorer ces critères, sachant qu’aucune étude n’a montré une différence de rentabilité significative entre un fonds libellé ESG et un placement traditionnel. Au contraire, plusieurs études récentes ont démontré une réduction de risque, principalement sur le long terme.

«Mais une véritable évolution générationnelle est en cours, nuance Jean Laville. Quand les millennials récupèrent le patrimoine de papa, ils ont tendance à changer les investissements et chaque banque ne veut pas perdre ces nouveaux clients. Les fonds verts sont aussi devenus un argument commercial. Chaque banque se profile comme «la maison» qui prône la durabilité.»

Ainsi, toutes ces avancées individuelles tirent le marché de la finance durable suisse vers le haut. Fabio Sofia ne dit pas le contraire: «La Suisse a tout pour devenir un leader mondial en la matière. Elle a besoin de courage et d’ambition. Depuis peu, on observe une prise de position beaucoup plus marquée des autorités et du secteur financier qui tranche avec une discrétion suisse historique. L’érosion des marges ainsi que la fin du secret bancaire permet une reconversion plus forte vers une expertise de gestion. Et la durabilité en tant que thématique en pleine croissance permettrait à la Suisse de rattraper un certain retard.»


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Des fonds durables pour tous les besoins

Avec ses huit fonds durables, la Banque Migros propose l’une des offres les plus larges et les plus complètes de Suisse en matière de durabilité. Elle propose un fonds stratégique à investissement durable pour chacune de ses cinq stratégies de placement. S’y ajoutent trois fonds de prévoyance qui permettent de placer durablement les avoirs du pilier 3a et les avoirs de libre passage également. La Banque Migros propose ainsi des fonds qui répondent à tous les besoins de placement.

Pour plus d'informations: banquemigros.ch/fonds