Innovation

Quand les investisseurs doivent convaincre les start-up

Lors d’un «Reverse Pitch», des fonds de capital-risque se sont présentés devant des créateurs de jeunes pousses fintech dans le cadre d’un événement organisée jeudi à Zurich par la Swiss Finance + Technology Association

Maîtriser l’exercice du «pitch», des présentations qui ne durent en général que quelques minutes, est devenu une sorte de passage obligé pour les start-up qui cherchent des fonds auprès des investisseurs. Une fois n’est pas coutume, les règles habituelles ont été inversées jeudi à Zurich lors d’un événement organisé par la Swiss Finance + Technology Association, l’une des plus importantes organisations de promotion des technologies financières en Suisse, avec le soutien de la société de capital-risque Capco.

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Cinq fonds d’investissement, avec des origines et profils très différents, se sont prêtés au jeu. A la fois pour donner des conseils et pour expliquer le type de projets qu’ils recherchent. C’est le cas de Radboud Vlaar, co-fondateur de Orange Growth Capital Partners, une société basée à Amsterdam et à Londres spécialisée dans les technologies financières. Que recherche-t-il auprès des jeunes pousses? Il cite trois aspects: tout d’abord, il faut une équipe avec une connaissance approfondie d’un domaine donné. «Nous n’investissons pas dans une société uniquement parce qu’elle est active dans un domaine «hype», souligne-t-il. Ensuite, il faut un produit qui ait un véritable potentiel sur le marché. «Si vous venez chez nous avec une solution d’optimisation des distributeurs d’argent en Suisse, c’est peut-être une bonne idée mais le marché sera tout simplement trop petit», illustre-t-il. Enfin, il faut savoir amener un produit sur le marché. Dans la fintech, il n’existe que peu de possibilité de protéger les innovations avec des brevets. Dès lors, la mise en oeuvre d’un projet est essentielle: «Fintech is an execution game», résume-t-il en anglais.

Nicolas Brand, partenaire du fonds Lakestar présent à Zurich, Londres et New York, conseille surtout aux start-up d’être authentique. Elles doivent aussi développer des solutions qui permettent de résoudre de réels problèmes.

Côté suisse, Andreas Pages, partenaire du Swisscom FinTech Venture Fund, a rappelé que le fonds n’agit que comme co-investissseur lors de la levée de fonds et cible de manière prioritaire des projets en rapport avec la technologie des chaînes de blocs («blockchain»), les techniques de sécurité pour les applications numériques ou les solutions pour la banque en ligne.

Les objectifs varient selon les investisseurs. Ainsi, Ralph Mogicato, à la tête de SICTIC Fintech Angels, a souligné que ce club d’investisseurs n’injecte pas seulement de l’argent mais travaille aussi avec les start-up. La société veut soutenir l’émergence d’une communauté autour de la fintech en Suisse, notamment en organisant des «pitch» pour les start-up. «Tout ne dépend pas toutefois de la seule qualité des présentations. Il faut avant tout une équipe et un produit, pas seulement un bon pitch», a-t-il rappelé.

N’y a-t-il pas déjà une surabondance de projets dans les fintech? Cela dépend des secteurs. Florian Graillot, responsable du fonds Axa Strategic Ventures mis sur pied par le groupe d’assurance du même nom, estime qu’il n’y a pas trop de projets dans le domaine de l’«InsurTech», les technologies financières appliquées au secteur de l’assurance. Avec quel type de collaboration? «Les start-up peuvent avoir Axa comme client pour leur solution, en tant que distributeur de leur produit ou faire appel à nous au niveau de la réassurance», cite-t-il à titre d’exemple. Les projets «InsurTech» les plus nombreux se rapportent actuellement au secteur de la santé et des assurances véhicules.

Quel bilan tirer de cette manifestation? Luis del Pozo, partenaire chez Capco, estime que l’idée de permettre aux investisseurs de se présenter correspond tout à fait à l’esprit start-up qui consiste à essayer quelque chose de nouveau. Selon lui, l’exercice a aussi mis en évidence la grande diversité des objectifs des investisseurs dans le domaine de la fintech.


La SIX ouvre un nouvel accélérateur pour les start-up fintech

L’exploitant de la bourse suisse propose un programme d’accompagnement pour les jeunes pousses actives dans les technologies financières, en particulier celles liées à la réglementation et à l’assurance. 120 sociétés du monde entier ont déjà soumis un projet

La SIX démarre un deuxième projet visant à soutenir les start-up actives dans les technologies financières. Dès 2014, l’exploitant de la bourse suisse avait lancé un projet visant à accélérer les processus d’innovation au sein de sa propre organisation. Cela avait conduit à l’ouverture en août 2015 de l’incubateur fintech appelé F10 situés à l’ouest de Zurich.

Cet automne, la SIX passe à une nouvelle étape avec le lancement d’un «programme d’accélérateur global pour les start-up», en collaboration avec d’autres entreprises suisses issues des secteurs de la banque, de l’assurance et du conseil, a annoncé la SIX dans un communiqué jeudi. Ce programme, placé sous l’égide d’une nouvelle association appelée F10 Incubator and Accelerator, qui compte notamment Julius Baer et PwC Suisse parmi ses membres, s’adresse aux jeunes pousses actives dans la fintech, avec un accent mis sur les technologies liées aux questions en rapport avec la réglementation (RegTech) et l’assurance (InsurTech). Les candidats ne manquent visiblement pas: jusqu’ici, plus de 120 start-up du monde entier se sont déjà présentées pour participer au programme.

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