Tir de missile balistique nord coréen en direction de la Corée du Sud et du Japon, recrudescence des tensions entre les Etats-Unis et l’Iran, résurgence du risque du Grexit, c’est-à-dire la sortie de la Grèce de la zone euro, négociations qui s’annoncent difficiles entre Bruxelles et Londres sur le Brexit. Rien n’y fait. Les places financières gardent le cap haussier. «Ce n’est pas la grande euphorie, mais la tendance reste favorable jour après jour, fait remarquer Jean-Paul Jeckelmann, directeur des investissements de la banque Bonhôte à Neuchâtel. Les marchés veulent croire en Donald Trump et lui donnent un préavis favorable.»

Depuis l’élection de Donald Trump à la présidence américaine en novembre dernier, les bourses américaines gagnent inlassablement du terrain. L’indice Dow Jones a franchi la barre de 20 000 points fin janvier et gagné plus de 12% depuis le 8 novembre. Le S&P 500 affiche pour sa part plus de 10% de progression depuis l’élection présidentielle américaine.

«Les bourses européennes et asiatiques ont été hésitantes en novembre et en décembre dernier, mais dès le début de l’année, elles se sont mises à suivre le marché américain, poursuit Jean-Paul Jeckelmann. Les investisseurs se sont ralliés à la ligne de conduite américaine au lieu d’être en opposition.»

Forte inflation

L’intervention de la présidente de la Réserve fédérale américaine devant le Congrès mercredi soir a aussi donné une impulsion aux indices Dow Jones et Nasdaq. Janet Yellen a déclaré en substance qu’il ne faudrait pas perdre du temps avant de procéder à une nouvelle hausse des taux d’intérêt et a promis d’agir en conséquence si l’économie américaine se maintient sur les rails.

Les chiffres des ventes de détail aux Etats-Unis publiés mercredi indiquent une évolution dans le bon sens: elles ont progressé plus qu’attendu en janvier et augmenté de 0,4% par rapport à décembre et de 5,6% sur un an. Autre indicateur positif publié mercredi, le taux d’inflation mensuelle a bondi en janvier de 0,6% par rapport à décembre, soit sa plus forte hausse en quatre ans.

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Patrick Artus, chef de la recherche économique à la banque Natixis, relève un paradoxe. «Le niveau d’incertitude sur les politiques que va mener le président Trump devrait être défavorable aux actions, dit-il. Or les marchés se disent qu’il va prendre des initiatives favorables aux entreprises américaines.»

En effet, le nouveau président américain a beaucoup promis: baisse d’impôts sur les profits des entreprises, mesures incitatives au rapatriement des profits de l’étranger, réduction des réglementations et, surtout, des investissements massifs pour renouveler les infrastructures vétustes dans le pays, afin de donner une impulsion à la croissance et à l’emploi.

Le réveil peut être rude

Jean-Paul Jeckelmann se veut toutefois prudent et met en garde contre les risques d’une déception. «Même si l’indice de la volatilité est très bas, ce qui montre une grande confiance dans l’économie américaine, des risques sont bien réels, dit-il. Les résultats se vérifieront dans quelques mois et nous verrons alors si le président Trump aura tenu ses promesses. Le réveil peut être rude.»

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L’économiste neuchâtelois commente également le paradoxe de la monnaie américaine qui poursuit son appréciation par rapport aux principales devises. Le président Trump est très critique sur cette question, craignant qu’un dollar fort grève les exportations américaines et freine la croissance.

Jean-Paul Jeckelmann temporise et explique que l’évolution de la devise d’un pays peut être déconnectée de celle des marchés financiers: «Avec un billet vert fort, les Etats-Unis reprennent leur place de puissance qui pèse de tout son poids au niveau économique mondial». Et d’ajouter: «le rouble se raffermit. Ce n’est pour autant que l’économie russe brille, mais plutôt parce que la Russie se réaffirme sur la scène politique internationale.»