Gérantde portefeuille,T. Rowe Price

Actuellement, de nombreux investisseurs se demandent s’il vaut encore la peine d’investir sur le marché européen des obligations. Les évaluations des emprunts des Etats de la zone euro sont médiocres, et les imposants rendements à deux chiffres des obligations d’entreprises de la catégorie «investissement» ou à haut rendement, que nous avons observés en 2012, ne devraient pas se répéter en 2013. De nombreux observateurs du marché en déduisent que les rendements des titres européens à revenu fixe seront plutôt modestes cette année.

Après toute une série d’indicateurs économiques décevants durant le deuxième semestre 2012, les perspectives de croissance européenne ont été corrigées à la baisse. Tandis que l’Allemagne a montré un ralentissement de la croissance de ses exportations et une baisse de sa production industrielle, les Etats périphériques de la zone euro se sont battus avec des chiffres du chômage durablement élevés. En outre, les perspectives pour l’Europe sont assombries par la menace de falaise budgétaire («fiscal cliff») aux Etats-Unis, ainsi que par le ralentissement de la croissance chinoise. C’est pourquoi, en 2013, on verra une poursuite de la faible croissance, de l’inflation modérée et des taux d’intérêt bas.

La situation macroéconomique incertaine de l’Europe devrait soutenir le marché du crédit, car elle a pour conséquence que les entreprises restent mesurées en matière d’investissement. Ce qui, à son tour, préserve les paramètres de crédit.

Le comportement conservateur des entreprises en matière d’investissement est confirmé par le nombre restreint de rachats d’entreprises, de programmes de rachats d’actions, ou de toute autre mesure favorable aux actionnaires. Ainsi, durant l’année écoulée, les activités de fusions et acquisitions ont plafonné à 500 milliards de dollars, tandis qu’en 2007, au plus haut du boom du crédit, elles ont presque atteint le seuil des 2000 milliards de dollars en Europe.

Grâce à la retenue des entreprises en matière de reprises et de rachats d’actions, les créanciers bénéficient de la forte consolidation des bilans, qui a résulté de la phase de désendettement massif réalisée dans le sillage de la crise financière. Ainsi, le ratio de dette nette sur l’EBITDA des entreprises s’est réduit de son plus haut de 2,5 fois en 2008, à 1,6 fois en 2011. En même temps, dans les bilans, les réserves de liquidités se sont accrues de 24%, à plus de 700 milliards d’euros par rapport à 2008. Les marges bénéficiaires des entreprises se sont sensiblement améliorées.

Les bilans sains et la bonne discipline financière des entreprises réduisent le risque de crédit. En conséquence, en 2012, leur taux de défaillance s’est situé à 2,8% seulement. Pour 2013, il y a un consensus pour estimer que ce taux de défaillance restera bas. Par comparaison, en moyenne, entre 1983 et aujourd’hui, il s’est situé à 4,8%.

Ces différents facteurs devraient soutenir les notations de crédit des obligations d’entreprises. Même si le zénith en matière d’amélioration des chiffres clés des entreprises a été atteint en 2012, l’investisseur pourra compter, en 2013 également, sur des profils de crédit robustes en ce qui concerne les entreprises européennes.

La stabilité de l’offre, ainsi que la demande constante sur le marché européen du crédit, devraient en outre être soutenues par des taux d’intérêt bas, et par la recherche de rendement de la part des investisseurs. Ceci s’observe aussi à travers les flux de nouveaux capitaux investis dans les obligations d’entreprises européennes des segments «investissement» et à haut rendement. En ce qui concerne les titres à haut rendement surtout, la taille et la diversité croissantes du marché contribuent à sa stabilité.

Ces derniers temps, le marché primaire a donné des signaux positifs. Ainsi, les nouvelles émissions sont-elles rapidement absorbées, depuis que la Banque centrale européenne a annoncé qu’elle soutiendrait la liquidité du marché avec les opérations monétaires sur titres (OMT). En outre, de nombreuses obligations arriveront à échéance en 2013. Le besoin de refinancement dans le segment des titres à haut rendement devrait ainsi se traduire par une augmentation de nouvelles émissions.

Etant donné qu’aucune dégradation significative des paramètres du crédit ne se profile à l’horizon, et sur la base des facteurs techniques positifs, les investisseurs peuvent partir du principe que les écarts de crédit resteront intéressants. L’environnement de faible croissance, d’inflation modérée et de taux bas devrait continuer à favoriser les investissements dans les obligations. En outre, on observe qu’en matière d’endettement, le profil des entreprises est bien meilleur que celui des Etats – et ce, surtout dans la périphérie de la zone euro – ce qui offre aux investisseurs des opportunités risque/rendement intéressantes.

Par ailleurs, les investisseurs en obligations libellées en euros, en quête de diversification, peuvent trouver des opportunités hors des frontières de l’Europe, par exemple dans les obligations d’Etat américaines ou britanniques. Cependant, les obligations d’entreprises des marchés émergents mises en circulation en euros offrent un potentiel de diversification intéressant.

Toutefois, le choix des émetteurs est crucial au regard des fortes incertitudes qui subsistent sur le plan macroéconomique. Dans le contexte actuel de volatilité de la dette des Etats et de vulnérabilité de l’économie mondiale, l’examen attentif du risque de crédit occupe une fonction clé lors de décisions de placement.

Grâce à la retenue

des entreprises en matièrede reprises et de rachats d’actions, les créanciers bénéficientde la forte consolidation des bilans