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Les investisseurs quittent en masse les marchés émergents

L'indice MSCI des Bourses émergentes a chuté de 21% depuis son record historique le 8 mai. Les spécialistes continuent pourtant d'afficher leur confiance.

Actions, obligations, devises. De la Hongrie à l'Afrique du Sud en passant par la Turquie, aucune classe d'actif émergente n'a échappé au changement d'humeur de la communauté financière le 9 mai dernier.

Au 13 juin, les Bourses de ces régions avaient encaissé leur deuxième pire correction de tous les temps sur une période de cinq semaines, notaient vendredi les spécialistes Europe et Moyen-Orient de Credit Suisse. Dans les annales boursières, seul le défaut de la Russie sur sa dette en août 1998 avait engendré une débâcle d'une plus grande ampleur. Aussi sûrement qu'ils avaient cédé aux sirènes émergentes ces derniers mois, les investisseurs ont brutalement pris le large. Les fonds de placement en actions de ces zones viennent d'enregistrer cinq semaines d'affilée de sorties d'argent. Selon le fournisseur de donnée Emerging Portfolio Fund Research, les retraits nets atteignaient 15,4 milliards de dollars au 21 juin, amoindrissant de moitié les entrées nettes enregistrées depuis le début de l'année. Elles s'élèvent encore à 17,5 milliards de dollars après le record de 20,3 milliards de 2005. Au total, en conjuguant l'effet flux et la baisse des Bourses, Bloomberg évalue à 25% le recul des masses sous gestion dans les fonds actions émergents qui atteignaient 305 milliards atteint début mai.

Bien que moins sévèrement, les fonds obligataires ont aussi perdu de leur lustre. La prime de risque mesurée par l'indice EMBI (écart de rendements entre les obligations émergentes et les bons du Trésor américain) frôle aujourd'hui les 230 points de base contre 174 fin avril. «Les sorties ont atteint 1,4 milliard de dollars sur les cinq semaines écoulées. Les entrées nettes ne totalisent plus que 3,3 milliards de dollars depuis janvier», souligne Brad Durham, directeur de Emerging Portfolio.

Dans leur majorité, les spécialistes considèrent pourtant que ce revers de fortune tient plus à la réévaluation par les opérateurs de la menace inflationniste et, partant, à l'anticipation d'un resserrement généralisé du robinet des liquidités monétaires qu'à une détérioration des perspectives économiques des pays émergents. «La perspective d'abandon de la politique de taux 0 au Japon est une très mauvaise nouvelle pour les investisseurs qui faisaient des «carry trade» [ndlr: emprunter en yens pour acheter des actifs rémunérateurs], elle conduit à une appréciation tendancielle du yen [...] Elle constitue aussi une mauvaise nouvelle pour les marchés émergents», note en particulier IXIS Cib.

En remettant progressivement en cause l'âge doré de l'argent facile, les banques centrales privent donc les marchés émergents d'un soutien. Mais «les fondamentaux de ces pays n'ont pas changé: ils restent stables et forts», martèle Jean-Dominique Bütikofer, responsable de l'obligataire émergent à l'Union Bancaire Privée. «La réappréciation des primes de risques est saine et bienvenue. Par appât du gain, les investisseurs ont déversé quantité de liquidités, sans se soucier des risques de surévaluation. Il fallait que cet excès se résorbe un jour», ajoute-t-il. S'il concède que la volatilité réapparue en mai perdurera sur les places émergentes, il juge que la correction a créé des opportunités d'achats. Les spécialistes actions de Credit Suisse affichent le même aplomb. Confiants dans la solidité des perspectives bénéficiaires des sociétés émergentes, ils misent sur «une remontée progressive d'ici à l'été avant un rebond au quatrième trimestre».

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