Joueur au plus profond de son âme. Christian Blanquet raconte comment, adolescent, à l'insu de ses parents, il appréciait un flipper entre amis. Le ton est moins enjoué quand il doit évoquer la douloureuse année que vient de vivre Proms, la société fribourgeoise active dans la fabrication et l'exploitation de machines à sous qu'il a fondée en 1983 et qu'il dirige toujours.

Suite au changement de législation fédérale - «un gâchis humain, social et technologique» pour le Fribourgeois -, les jeux de hasard ont été bannis de la Suisse en avril 2005. Seuls les jeux d'adresse sont désormais autorisés. Cette transformation brutale de l'industrie a conduit Proms au bord de la banqueroute. «Notre chiffre d'affaires est passé de 20 millions de francs à 1-2 millions, mes collaborateurs de 170 à 40», explique l'entrepreneur. D'ailleurs, ce dernier n'exclut pas de nouveaux licenciements en cours d'année.

Mais depuis quelques semaines, il peut désormais compter sur des investisseurs russes, la société KSI corporation, qui gère plus de 50 000 machines à sous hors casinos en Russie. Celle-ci a pris une part majoritaire de 51% dans le capital. «C'était leur condition», précise Christian Blanquet, qui souligne que les liens qui l'unissent aux Russes, par ailleurs très actifs en terre fribourgeoise, se sont tissés dès 1998. «Je continue à diriger l'entreprise et le groupe pourrait me confier des tâches directoriales au niveau européen. C'est un nouveau défi pour moi», explique le Fribourgeois de 49 ans. Beau joueur jusqu'au bout, l'administrateur-délégué voit dans KSI un parapluie financier et une grande force de frappe pour le développement des jeux grâce aux 140 ingénieurs du groupe.

La société russe travaille avec quatre usines en Chine. Il ne fait plus guère de doute que Proms y délocalisera une partie de sa production, notamment pour certains composants électroniques. «Rien n'est décidé, je me battrai pour continuer à produire à Courtepin, insiste Christian Blanquet, mais c'est vrai que la fabrication de certaines pièces pourrait partir là-bas.»

Pour cela faut-il encore que la dernière génération de machines de Proms, Cherry Pyramid, qui oblige le joueur à arrêter lui-même les rouleaux en vue d'aligner les mêmes symboles, fasse mouche en Suisse. Homologuée à l'automne dernier par la Commission fédérale des maisons de jeu, cette machine succède au Super Jump, véritable catastrophe économique. Pour redynamiser sa croissance, Proms élabore actuellement deux nouveaux jeux et souhaite se lancer dans un système de location auprès des établissements, sachant que l'investissement pour ces derniers est important, une machine coûtant plus de 20000 francs.

S'il fustige les conditions-cadres de certains cantons, Christian Blanquet n'a qu'une véritable revendication: qu'il puisse tester ses machines quelques mois en conditions réelles afin de déceler les faiblesses des nouveaux jeux, ce qui est actuellement interdit. Ce médecin de formation, vite rattrapé par ses premières amours, reste néanmoins confiant: «En 2007, nous visons les 4 à 5 millions de chiffre d'affaires.» Et un retour, sinon à la rentabilité, du moins à l'équilibre. A demi-mot, il s'imagine à terme reprendre une part majoritaire dans «sa» société, car il n'oublie pas qu'en jeu comme en affaires, la chance tourne.