C'est hier à midi, dans les locaux de la Société des Bourses françaises, qu'a eu lieu l'introduction au second marché de Paris de Téléverbier, société valaisanne de remontées mécaniques. Son directeur général Louis Moix, cheville ouvrière de cette aventure parisienne, était monté dans la capitale française pour l'occasion. Calme et positif, affirme-t-il. Car même s'il devait éprouver un brin de nervosité au moment de jeter le destin de son entreprise dans les bras du marché, il avait quelque raison d'être optimiste. 400 000 actions ont été offertes au public jusqu'à mercredi, dont 80% en placement garanti. Chaque titre, dont le prix a été établi au plus haut de la fourchette à 14,60 euros (23,40 francs suisses), a été souscrit entre huit et dix fois.

C'est dire l'intérêt des investisseurs, privés essentiellement – les institutionnels ne représentent, selon les premières informations de Louis Moix, qu'une infime partie des actionnaires. Mais pour connaître les premiers pas du titre à la Bourse de Paris, il aura fallu attendre le lendemain de l'introduction, comme de coutume en France lorsque les offres se font à prix ferme, explique Amalia Naveira, chargée des relations avec les investisseurs auprès de la société financière lyonnaise Actus.

Notoriété internationale

Pour Louis Moix, la sursouscription est déjà «une très belle opération». Elle justifie la pertinence d'avoir choisi de «s'ouvrir à l'Europe», en commençant par Paris. Acquérir une notoriété au-delà des frontières suisses est un des objectifs de Téléverbier. Pour cela, mieux valait se diriger vers la France que vers l'Allemagne par exemple, «pour des raisons culturelles», souligne le directeur de la société bagnarde. Sans compter qu'au second marché parisien sont également cotées deux entreprises de remontées mécaniques, la Compagnie des Alpes et sa filiale Méribel Alpina. La comparaison de leurs performances sera dès lors possible.

Mais la raison première du recours à la Bourse est autre: Téléverbier veut accélérer ses investissements au tournant du troisième millénaire. Depuis 1950, la société, qui disposait jusqu'à hier d'un capital social de 15 millions de francs divisés en un million d'actions, a injecté 250 millions pour construire et entretenir des remontées, au prix de prélèvements sur le cash-flow et d'un endettement. Téléverbier compte lever entre 8 et 9 millions de francs suisses au second marché pour moderniser ses installations. Cette somme servira à financer un tiers des travaux prévus d'ici à 2004.

Satisfaire la clientèle

Car pour satisfaire les clients, il faut davantage améliorer la performance des remontées afin d'éviter les éternelles queues d'attente au pied des pistes que conquérir de nouveaux champs de neige. Un des grands projets est la rénovation de la ligne Le Châble-Attelas, ce qui permettra d'augmenter le nombre de voyageurs transportés de 680 à 1600 par heure.

L'argent dégagé en Bourse pourra également être utile à d'éventuelles extensions futures. Louis Moix est clair: «Je ne pense pas forcément à une fusion. Mais pour que les stations puissent s'en sortir, elles doivent se regrouper d'une manière ou d'une autre.» Le revers de la médaille, c'est que l'introduction en Bourse fragilise Téléverbier. Désormais seuls 30% des actionnaires constituent le noyau dur de la société. Peu d'institutionnels se seraient intéressés au titre.

Mais il n'est pas dit qu'il en sera toujours ainsi à l'avenir, même si le principal concurrent coté de Téléverbier, la Compagnie des Alpes, ne semble pas désireux dans l'immédiat de prendre le contrôle de la société suisse.