Les investisseurs et les sociétés n’ont pas la même vision de la gouvernance d’entreprise

Rémunérations Un lien plus clair entre les salaires des dirigeants et la performance est exigé

L’année 2015 marquera un tournant pour les sociétés cotées en bourse en Suisse. Dès janvier, celles-ci devront appliquer l’Ordonnance contre les rémunérations abusives (ORab) qui a fait suite à l’acceptation de l’initiative Minder par le peuple en 2013. Les préparatifs vont bon train pour les entreprises concernées et les caisses de pension qui seront contraintes de voter si elles détiennent des actions de sociétés.

Comment s’y préparent-elles? La société Swipra (Swiss Proxy Advisor), qui conseille les cinquante plus grandes sociétés cotées en bourse en Suisse, a publié une étude sur la question en interrogeant en octobre 53 entreprises de l’indice SPI, 36 caisses de pension ainsi que 19 gérants d’actifs.

Premier constat de l’étude: les sociétés cotées en bourse et les investisseurs institutionnels ont des attentes très différentes sur plusieurs points. Pour 74% des institutionnels, il doit y avoir un lien clair entre l’atteinte d’objectifs définis et le montant des rémunérations variables. Seules 36% des sociétés sont toutefois de cet avis. Cette différence de perception surprend Alexander Wagner, professeur à l’Université de Zurich et membre du conseil de fondation de Swipra, qui a présenté l’étude mardi à Zurich: «C’est un écart marqué. Les entreprises devraient prendre au sérieux les préoccupations des investisseurs si elles souhaitent obtenir l’an prochain de bons résultats lors des votes des assemblées», juge-t-il.

Autre divergence: 60% des investisseurs institutionnels jugent inapproprié d’utiliser les résultats ajustés des éléments extraordinaires pour calculer les rémunérations variables. A l’inverse, 61% des sociétés cotées considèrent ce critère comme tout à fait adéquat.

Frais administratifs stables

Les investisseurs s’inquiètent peu du surcroît de charges administratives lié à la mise en œuvre de l’ordonnance. Ainsi, 57% des caisses de pension n’anticipent aucune hausse des coûts administratifs, alors que 36% d’entre elles prévoient une hausse limitée entre 0 et 5%. Seules 7% d’entre elles prévoient une hausse de 5 à 10%.

Avant l’entrée en vigueur de l’ordonnance, près du tiers des caisses de pension (31%) n’exerçaient pas leurs droits de vote. Parmi ceux-ci, la moitié d’entre eux, ou 14%, n’envisage toujours pas de voter lors des assemblées… en dépit de l’obligation prévue par l’initiative. Alexander Wagner est dubitatif face à ce résultat. Il peut être interprété de deux manières: soit ces caisses de pension ont revendu leurs actions, soit ­elles agissent de la sorte un peu comme un acte de résistance.

Barbara Heller, directrice de Swipra, n’a toutefois pas observé une tendance générale des investisseurs à se détourner de toutes formes de placements directs, même s’il existe quelques caisses de pension qui ne détiennent des actions plus que de manière indirecte.