Gestion de fortune

Les investisseurs sont toujours plus séduits par les «robo advisors»

Selon un sondage, près de la moitié des moins de 45 ans pensent recourir à un logiciel pour leurs placements. Pour les banques, c'est l'un des nombreux signes qu'il ne faut pas rater le tournant numérique, prévient PwC

C’est le grand écart. D’un côté, des clients qui utilisent toujours plus internet et leur téléphone mobile pour gérer leurs finances. Parmi la catégorie «high net worth individuals» (ayant une fortune d’au moins un million de francs), ils sont presque 70%, selon un sondage réalisé par Strategy&, un service de recherche de PricewaterhouseCoopers (PwC). De l’autre côté, des gérants de fortune qui restent réfractaires à la finance numérique. D’après le même sondage, seuls 25% d’entre eux offrent des services sur internet qui vont au-delà des contacts par e-mail.

Les spécialistes de la finance peuvent s’inquiéter, car leurs clients ont une longueur d’avance. Surtout s’ils sont jeunes. Près de la moitié des moins de 45 ans sont tentés, un jour, d’avoir recours à des conseillers robots. La proportion tombe à 23% si l’on considère les participants plus âgés au sondage. En pratique, ils ne sont pour l’instant que 14% à en utiliser pour leurs placements. Néanmoins, ces «robo-advisors» sont en plein décollage, à l’image de Betterment, l’une des sociétés les plus connues dans ce domaine et valorisée à plus d’un milliard. La gestion automatisée de la société américaine aurait séduit 130 000 clients pour un montant de 4 milliards de dollars.

Les grandes banques s’intéressent aussi à ces nouveaux modèles. UBS a par exemple investi dans SigFig et signé un partenariat avec ce groupe américain également spécialisé dans la gestion automatisée, en mai dernier, estimant qu’il valait mieux s’allier que de développer cette technologie en interne.

Les gérants de fortune risquent-ils d’être mis hors-jeu s’ils ne s’intéressent pas davantage à la numérisation de la finance? Les clients veulent un service personnalisé et sont prêts à payer pour cela, selon Strategy&, mais cela ne suffira pas et les consultants encouragent à développer des services automatisés: «Il ne s’agit pas de remplacer les hommes par des machines mais d’intégrer au mieux le progrès technologique dans le conseil à la clientèle. Les acteurs du marché qui réussiront à convaincre avec une approche de conseil hybride seront les gagnants», estime Andreas Lenzhofer, associé de PwC Strategy& Suisse.

Et ce, d’autant plus que les gérants ne sont guère populaires auprès de leur clientèle, si l’on en croit les consultants. Seuls 39% des clients les recommanderaient à des connaissances. Or, les services sur internet et les technologies peuvent aider à inverser cette tendance, selon Strategy&, surtout pour «augmenter la fidélisation de la clientèle».

Les gérants de fortune ne sont pas les seuls à être menacés. Dans plusieurs domaines de la finance, les nouvelles technologies bousculent les manières de faire, de l’assurance à la banque de détail, en passant par les transactions boursières. Les fonds levés par les sociétés fintech atteignent des records, même si les déboires de l’une d’entre elles, dévoilés le mois dernier, LendingClub a mis un frein à l’emballement des investisseurs. Des opérations reprochées à son fondateur et directeur général congédié ont suscité des doutes sur la gestion des risques de ces start-up.

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