Les fondements théoriques du placement indiciel selon la capitalisation du marché furent posés dans les années 50 déjà. Il fallut attendre vingt ans environ jusqu'à ce que soit développé, au début des années 70, le premier placement indiciel pur à usage commercial, et quinze à vingt ans de plus jusqu'à ce que l'on constate une influence notable sur la majorité des investisseurs.

Un avantage manifeste du placement indiciel avec pondération selon la capitalisation du marché réside dans ses faibles coûts. Etant donné qu'il s'agit d'une stratégie passive de placement ne nécessitant aucune décision active du gestionnaire, aucune commission de gestion active n'est prélevée. Le rééquilibrage des pondérations dans le portefeuille a lieu automatiquement, car un fonds indiciel est investi conformément à la capitalisation du marché des actions qui le composent.

Un rééquilibrage actif n'est effectué que lors de l'entrée ou de la sortie d'un titre dans l'indice ou d'une mesure ayant une incidence sur le capital (augmentation du capital par exemple). Cette approche garantit en outre qu'aucun coût de transaction important n'apparaît au moment d'un rééquilibrage ou d'un investissement/désinvestissement de cash-flow, car les titres qui pèsent le plus dans l'indice présentent en général aussi les liquidités les plus élevées.

Sous un angle pratique, cette stratégie se distingue par la nature éminemment procyclique de la structure du portefeuille. Les actions sont pondérées conformément à leur capitalisation sur le marché. Par conséquent, les actions chères tendent à être surpondérées, tandis que les actions bon marché sont plutôt sous-pondérées. Si un investisseur avait acheté, par exemple, le MSCI World à la fin de 1989, il aurait pondéré les actions japonaises, alors fortement surévaluées, à hauteur de plus de 40%. Pendant les dix années suivantes, cette surpondération aurait fortement pesé sur la performance de son placement.

L'inconvénient majeur du placement indiciel avec pondération selon la capitalisation du marché apparaît à notre avis quand la validité empirique dela théorie sur laquelle il repose est mise à l'épreuve. Si l'on en croit l'hypothèse de l'efficience des marchés, les primes de risque sur actions et le risque de marché devraient être faibles, l'évolution des cours d'actions devrait être purement aléatoire et les baisses et les hausses ne devraient pas survenir. Selon l'opinion partagée par la plupart des participants au marché, ces hypothèses ne se vérifient pas dans la réalité. La prime de risque sur actions de 6% environ est dix fois plus élevée que les 0,6% attendus par la TEM, tandis que le risque de marché de 18% correspond à quatre fois la valeur escomptée. Des phases marquées à la hausse et à la baisse se produisent, et les marchés d'actions traversent des cycles caractérisés par de violents mouvements ascendants et descendants des évaluations. La théorie sur laquelle repose le placement indiciel avec pondération selon la capitalisation du marché ne résiste ainsi pas à l'épreuve des faits.

L'Active Indexing® est un nouveau venu dans les méthodes de placement indiciel. L'Active Indexing® repose sur la théorie des «croyances rationnelles» («rational beliefs»). Développée à l'Université de Stanford, cette théorie représente une généralisation de la théorie de l'efficience des marchés de Chicago. Selon la nouvelle théorie de Stanford, les investisseurs peuvent commettre systématiquement des erreurs même en connaissant parfaitement bien les fondamentaux. Les travaux de recherche de l'Université de Stanford ont montré que 80% de la volatilité du marché est due à ce genre d'erreurs. A moyen terme, les erreurs des investisseurs entraînent des cycles haussiers et baissiers au niveau des pays et des secteurs globaux.

L'Active Indexing® vise à investir dans des pays et dans des secteurs globaux qui se trouvent dans un cycle de hausse. Elle tente d'éviter les marchés qui se situent dans un cycle baissier. La stratégie de l'Active Indexing® se concentre par conséquent sur la sélection de pays et de secteurs globaux et calcule leur pondération de manière dynamique en fonction de l'attrait de chacun. A l'aide d'indicateurs, elle détermine à quel point du cycle haussier ou baissier se trouve un pays ou un secteur global. La stratégie de l'Active Indexing® accorderait par exemple une pondération égale à zéro au marché nippon des actions si celui-ci devait se trouver dans un cycle baissier clairement identifiable. Et cela contrairement aux trois premières stratégies de placement indiciel susmentionnées, qui toutes resteraient investies plus ou moins largement dans un tel marché.

On le voit, de solides arguments plaident en faveur de l'Active Indexing®. D'abord, cette approche résout la plupart des problèmes que pose la pondération selon la capitalisation du marché. Surtout, elle n'entraîne aucune pondération procyclique, car elle se concentre sur les pays et les secteurs globaux les plus attrayants et évite d'investir dans des marchés inintéressants. En outre, la nouvelle théorie de Stanford, sur laquelle repose la méthode de l'Active Indexing®, parvient à mieux expliquer la réalité telle qu'elle peut être observée sur les marchés financiers. Contrairement à la théorie d'efficience des marchés, elle apporte une explication aux hausses et aux baisses et à la prime de risque élevée sur actions («Equity Premium Puzzle» dans le jargon). Les fondements théoriques meilleurs permettent d'optimiser les rapports risque-rendement.

L'Active Indexing® a été introduit en 2001. Depuis, il a dépassé les indices pondérés selon la capitalisation du marché de quelque 6% par an, pour un «tracking error» de 7%. Contrairement à la théorie de l'efficience des marchés, l'alpha (écart par rapport au marché) n'a pas été obtenu au prix d'une élévation du risque. D'après les critères usuels tels que la volatilité et le bêta (indice de référence), le risque est aussi élevé que celui des autres méthodes de placement indiciel. Si l'on ajoute d'autres critères, comme le draw-down maximal (perte maximale), la méthode se révèle même meilleure. De plus, l'Active Indexing® a démontré qu'il peut générer de l'alpha dans toutes les phases du marché.

Le placement indiciel avec pondération selon la capitalisation du marché est actuellement la méthode la plus répandue auprès des investisseurs. Selon les estimations, plus de 30000 milliards de dollars sont actuellement investis selon cette stratégie, contre 5 milliards dollars seulement pour l'Active Indexing®. Etant donné que le placement indiciel avec pondération selon la capitalisation du marché repose sur des bases théoriques aujourd'hui dépassées, nous sommes convaincus que les investisseurs continueront de transférer leurs capitaux vers des stratégies de placement indiciel plus mûres telles que celle dont il a été question ici.