Après quatre ans de Trumpisme et en proie à la pandémie de Covid-19, dans quel état se trouve réellement l’économie des Etats-Unis? A quelques semaines de la présidentielle américaine «Le Temps» fait le bilan et vous propose une série d’articles thématique.

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Les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Avec les siennes, le candidat à l’élection présidentielle américaine, le multimillionnaire Donald Trump, avait tenté de séduire de la classe moyenne aux entreprises. Il avait aussi caressé la fibre nationaliste et promis, sous le slogan «Make America Great Again», de rendre à l’Amérique sa grandeur. A quelques mois de la fin de son mandat et de l’élection où il est candidat à sa propre succession, l’heure du bilan a sonné.

Réforme fiscale et impact mitigé

Candidat, Donald Trump avait promis de réduire les impôts pour toutes les strates de la société, notamment la classe moyenne. Les baisses d’impôts votées en décembre 2017 ont surtout porté sur la taxation des entreprises, avec un taux passant de 35 à 21%. Thomas Costerg, économiste chez Pictet Wealth Management à Genève et spécialiste des Etats-Unis, rappelle que cette mesure s’inscrit dans une grande continuité, initiée par le président Ronald Reagan dès les années 1980.

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«L’impact de la réforme fiscale de 2017 a été plutôt incertain. «Les républicains ont perdu la majorité de la Chambre des représentants quelques mois plus tard lors des élections de mi-mandat, note Thomas Costerg, ce qui a, par la suite, handicapé le passage de nombreux programmes y compris des baisses d’impôts plus ciblées sur la classe moyenne.»

Les entreprises en ont certes bénéficié, mais elles n’ont pas investi. La productivité, l’autre ressort de l’économie, n’a pas progressé non plus. Résultat: Donald Trump avait promis un taux de croissance annuel de 4%; il n’a jamais dépassé les 3% par an dans les trois premières années de son mandat.

America First

La Chine ne pourra plus voler les emplois et la richesse des Américains, entonnait Donald Trump en parlant de la délocalisation d’entreprises américaines. «Il s’était donné la mission, d’une part, de soutenir le secteur manufacturier en déclin tendanciel aux Etats-Unis et, d’autre part, d’encourager les entreprises américaines à revenir au pays et les étrangères à s’installer aux Etats-Unis, affirme Thomas Costerg. Mais à l’heure du bilan, les chiffres ne sont pas là; l’industrie n’a pas vraiment suivi.»

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Pour preuve, la débâcle de Foxconn, le principal fournisseur d’Apple et dont les usines se trouvent essentiellement en Chine. Annoncée en grande pompe en juin 2018, son installation dans le Wisconsin devait créer 13 000 emplois en échange de larges subventions publiques. «Ce sera la huitième merveille du monde et elle restaurera la puissance industrielle des Etats-Unis, s’était félicité le président.» Le projet n’a toujours pas débuté et, selon Thomas Costerg, le rapatriement de la production électronique depuis l’Asie s’est avéré et continuera de s’avérer très complexe, sinon illusoire.

Energie

La stratégie «America First» en matière énergétique a fonctionné, avant de s’écrouler avec le choc du coronavirus. Donald Trump avait promis de faire des Etats-Unis le premier producteur de pétrole. Il a gagné son pari, grâce à une hausse fulgurante de la production de pétrole de schiste.

«Mais en fin de compte, la pandémie a mis en lumière la surproduction, précipitant une chute des prix, relève Thomas Costerg – au point que, en avril 2020, les cours du baril sont même devenus négatifs, du jamais-vu. Le pétrole de schiste a montré les failles de son modèle d’affaires, y compris son accoutumance à la dette privée et aux taux bas.»

Une guerre commerciale annoncée d’avance

Le président Trump a tenu les promesses du candidat Trump en matière de commerce international. A peine trois jours après sa prestation de serment le 20 janvier 2017, il a signé un décret désengageant les Etats-Unis des négociations de l’éventuel Accord de partenariat transpacifique. Par la suite, il a gelé les discussions sur un éventuel Accord transatlantique de libre-échange et obtenu la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain, avec le Mexique et le Canada.

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Le président américain a aussi tenu sa promesse de lutter contre le «dumping» chinois. Il a en effet commencé une guerre commerciale, puis une guerre technologique contre la Chine. Plusieurs entreprises chinoises sont placées sur une liste noire, accusées sans preuves d’espionnage au profit du Parti communiste chinois. Il s’est gardé toutefois de désigner la Chine comme «manipulatrice des devises», ce qui aurait exacerbé les tensions entre les deux pays.

L’administration Trump a aussi attaqué les importations en provenance de l’Union européenne et ses menaces de taxer davantage l’automobile européenne sont suspendues, comme une épée de Damoclès, au-dessus des relations avec l’Union européenne. Pendant sa campagne électorale, le candidat Trump avait décrié l’Organisation mondiale du commerce la jugeant contraire aux intérêts américains et favorable à la Chine. Son travail de sape contre l’organisation se poursuit.

Fonds de relance

«Nous allons réparer nos centres-villes et reconstruire nos autoroutes, nos ponts, nos tunnels, nos aéroports, nos écoles et nos hôpitaux et nous allons mettre des millions de personnes au travail.» C’est ce qu’avait promis Donald Trump dans son discours d’investiture en janvier 2017. Des investissements massifs dans les infrastructures, c’était aussi l’un des thèmes forts de sa campagne.

En 2017, le président avait émis l’idée d’un fonds pour financer les travaux d’infrastructures. Puis, en 2018, républicains et démocrates ont approuvé un plan d’investissements de 2000 milliards de dollars sur dix ans. En juin de cette année, Donald Trump a annoncé un nouveau plan de 1000 milliards de dollars pour les transports. Ces grands chantiers n’ont toujours pas démarré.