Portrait

Pour Isabelle Amschwand, l’impôt et la prévoyance, c’est la vie

Elle est une des rares femmes à présider une institution dans le 2e pilier. Elle a très tôt compris la valeur de l’indépendance financière et saisi les possibilités qui se présentaient à elle

Les deux parents d’Isabelle Amschwand étaient d’origine modeste mais entrepreneurs dans l’âme et ont exercé de multiples métiers durant leur vie. A Châtel-Saint-Denis (FR), «enfants, ma sœur et moi les aidions au restaurant. Chaque jour, papa faisait l’ouverture à 5h30 et maman la fermeture à minuit», déclare-t-elle lors d’une interview.

Comme pour ses parents, les valeurs d’indépendance financière et d’autonomie ont un sens concret pour Isabelle Amschwand, directrice d’Astia SA, sa propre société créée en 2019, spécialisée notamment dans la gouvernance et la transformation d’entreprises, et, depuis 2014, présidente de la FCT Fondation Collective Trianon, la deuxième plus grande fondation collective de prévoyance en Suisse romande avec 4,5 milliards de francs d’actifs sous gestion et 25 000 assurés.

L’opportunité alémanique

Alors que leur entourage estimait inutile le financement d’études pour une fille, ses parents lui disent: «Fais ce que tu veux, c’est ta vie.» Cette liberté était directement liée à un sentiment de responsabilité. Isabelle Amschwand se spécialise en droit, à l’Université de Lausanne, et obtient sa licence en 1990. Aujourd’hui, elle remercie particulièrement sa professeure d’introduction au droit, Suzette Sandoz: «Femme battante, elle m’a ouvert les yeux sur notre responsabilité comme citoyen et comme femme.»

Intéressée par l’économie et la fiscalité, elle entre ensuite dans une fiduciaire. Quatre ans plus tard, à 27 ans, consciente du besoin de comprendre «l’autre partie du monde», la Suisse alémanique, pour avancer dans sa vie professionnelle, elle rejoint l’intendance des impôts du canton de Berne.

L’impôt, c’est le résumé de la vie

Les impôts et la prévoyance? «C’est le résumé de votre vie, noir sur blanc et en chiffres! Mariage, emploi, enfants, interruption de carrière, quoi que vous fassiez, cela se répercute sur votre déclaration d’impôt et a un impact sur votre prévoyance», déclare Isabelle Amschwand. Ce regard sur le passé et le présent cristallisé dans une déclaration d’impôt ou un certificat de prévoyance «permet de se poser les bonnes questions pour savoir ce que l’on a aujourd’hui et comment l’on souhaite s’organiser pour son futur», ajoute-t-elle.

C’est pourquoi la première idée qu’elle suggérerait afin de promouvoir l’indépendance financière de l’individu consiste à introduire l’enseignement ludique des bases de la finance et des assurances sociales à l’école. Un remède aux préoccupations de la population sur la retraite. «On y apprendrait les conséquences portant non seulement sur l’épargne, mais aussi sur l’incapacité de travail, le décès», insiste-t-elle.

Après «indépendance», un deuxième mot s’impose dans son parcours, celui de transformation. C’est au fisc bernois qu’elle découvre à la fin des années 1990 le charme de la prévoyance professionnelle. A cette époque, les autorités fiscales définissaient elles-mêmes les grands principes régissant la prévoyance professionnelle.

Isabelle Amschwand est une des rares femmes dirigeantes dans un monde de la prévoyance très masculin. A Berne, Daniel Jungo, spécialiste en prévoyance, lui demande en 2004 de collaborer à l’écriture d’un livre sur les Assurance-vie et impôts (Cosmos Verlag). Une belle occasion, pense-t-elle. «J’ai eu la chance dans ma vie professionnelle de rencontrer des hommes qui ont reconnu mon travail, mes capacités et qui m’ont ouvert des portes. Et dès qu’une porte s’ouvre, je suis curieuse, je guigne puis souvent je m’engage», précise-t-elle.

Passionnée de montagne, de grands espaces, par les expéditions dans l’Arctique ou autres régions du monde, elle côtoie ici aussi généralement la gent masculine. «Je ne me suis jamais trop posé de questions sur le fait que j’étais une femme, j’ai fait!» ajoute-t-elle.

En 2006, l’Office fédéral des assurances sociales lui propose de le rejoindre comme directrice adjointe de l’autorité de surveillance des fondations, ce qui lui permet pour la première fois de connaître les rouages uniques de la FCT Fondation Collective Trianon, ainsi qu’un expert, Peter Zanella de Willis Towers Watson. Ce dernier lui propose alors d’ouvrir la succursale de la société en Suisse romande.

Les clés et le budget

A 40 ans, «une société américaine cotée en bourse me donne les clés et le budget pour développer la succursale. Je me suis dit: chouette, une nouvelle expérience. La liberté d’oser et d’entreprendre offerte par mes parents!» raconte-t-elle. Elle entre en contact avec les associés de Trianon SA, qui, à leur tour, lui font confiance. Elle en deviendra directrice générale six ans plus tard et le restera jusqu’au début 2019.

Les acteurs du système de prévoyance devraient considérer les problèmes comme des chances, recommande-t-elle. Hormis les réflexions sur la stabilisation du système à court terme, «nous devrions réfléchir d’urgence à la société dans laquelle vivront les générations futures et à leurs besoins», propose-t-elle. Pourquoi ne pas créer des «laboratoires» d’idées indépendants de la politique et des offices fédéraux?

A l’avenir, les compétences essentielles seront notamment la confiance en soi, l’esprit d’équipe et la capacité humaine – contrairement à l’intelligence artificielle – à improviser. A l’école, on apprend généralement la binarité: juste ou faux. A son avis, on omet l’analyse d’autres perspectives. C’est aussi cela la liberté!


Profil

1967 Naissance à Châtel-Saint-Denis (FR).

2005 Directrice adjointe de l’Autorité de surveillance des fondations de l’Office fédéral des assurances sociales.

2007 Directrice de Willis Towers Watson en Suisse romande.

2013 Directrice générale de Trianon SA.

2014 Présidente de la Fondation Collective Trianon, et création d’Astia SA cinq ans plus tard.


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