Douanes

Isabelle Emmenegger: «L'instrument de base, ce sera le smartphone»

Isabelle Emmenegger est responsable du programme DaziT à l’Administration fédérale des douanes

La juriste fribourgeoise Isabelle Emmenegger a été la directrice de la Fête fédérale de lutte à Estavayer en 2016. Elle pilote aujourd’hui le plus ambitieux programme de numérisation de l’administration fédérale.

Le Temps: Qu’est-ce qui va changer dans les opérations de dédouanement?

Isabelle Emmenegger: Une partie des opérations repose déjà sur l’électronique, mais le papier est encore le principal support des opérations de dédouanement pour la grande majorité des clients. Nous utilisons une multitude de systèmes qui arrivent en fin de vie. L’idée de la réforme DaziT est de n’avoir plus qu’une seule porte d’entrée, un guichet unique pour l’ensemble des processus.

- Le coût de la transformation est de 400 millions et la durée prévue est de neuf ans. Pourquoi cette mue coûte-t-elle si cher et prend-elle autant de temps?

- Nous ne changeons pas que les systèmes informatiques, nous remettons à plat l’ensemble de nos processus en vue de les harmoniser et de les simplifier. Cela implique un changement culturel important pour l’administration et le personnel. Cela ne peut pas se faire en deux ou trois ans. S’agissant des coûts, nous avons tenté de chiffrer le plus précisément possible chacune des étapes de la transformation. Nous nous sommes basés sur les connaissances actuelles et l’état de la technologie, tout en sachant qu’elle est susceptible d’évoluer en neuf ans.

- Qu’est-ce qui changera pour les importateurs?

- L’objectif à long terme est de leur permettre de faire la totalité de leurs opérations sous forme numérique, de A à Z. Aujourd’hui, chaque importateur doit se présenter à un guichet, ce qui constitue une perte de temps considérable. A terme, ceux qui auront rempli correctement les formulaires numériques pourront passer sans s’arrêter et le travail des douanes pourra se focaliser sur des contrôles ponctuels plus approfondis, en partie directement dans les entreprises.

Pour l’AFD, ce sera aussi une économie importante en termes de ressources. Cela devrait rendre le passage de la frontière suisse plus fluide. Mais nous sommes aussi tributaires de ce que font nos partenaires étrangers.

- Et pour les personnes qui rentrent en Suisse après avoir fait des achats à l’étranger?

- L’instrument de base pour déclarer les achats faits à l’étranger sera le smartphone, du moins dans l’immédiat. Nous allons commencer avec une première application l’année prochaine. Nous l’adapterons selon les expériences et les besoins. Le but est que cela soit le plus simple possible.

- Pensez-vous que cela contribuera à améliorer le sens civique des Suisses et à diminuer les petites fraudes?

- Plus le système de déclaration sera simple, plus les clients en feront usage. Aujourd’hui, il faut remplir les formulaires à la main et les glisser dans une boîte. Cela peut paraître rébarbatif. Donc, oui, nous pensons que cela incitera les clients à mieux déclarer leurs achats.

- DaziT est-il coordonné avec les douanes des pays voisins?

- La coordination avec les pays voisins et avec l’UE fait l’objet d’intenses discussions. Nous y allons pas à pas. Je ne peux pas vous dire dans quel délai une coordination complète sera réalisée. Mais certains pays, comme l’Estonie, sont déjà passés à la numérisation intégrale.

- Les clients privés et les entreprises auront un compte auprès de l’AFD. Leurs données seront-elles protégées?

- C’est bien sûr un sujet sensible. Pour les personnes privées, la seule information qui nous intéresse est la preuve qu’elles ont déclaré ce qu’elles ont importé. Il n’est pas indispensable de constituer une banque de données. Nous en parlons avec le préposé fédéral à la protection des données, qui est associé à nos travaux.

Lire aussi: Avez-vous quelque chose à e-déclarer?

Publicité