Portrait

Avec Isabelle Harsch, ça déménage de père en fille

La directrice et propriétaire de l’entreprise du même nom chapeaute, à 31 ans, une société de 130 personnes. Elle a imposé son style, revu le management et assure un maximum de transparence à ses employés

Isabelle Harsch a le contact facile. Elle fait partie de ces personnalités à l’aise aussi bien avec ses équipes de déménageurs qu’elle dirige du haut de ses 31 ans qu’avec les médias ou les patrons d’entreprise. Son entourage apprécie son enthousiasme, son caractère décidé mais aussi son franc-parler. Lorsque le Swiss Venture Club – une association qui soutient les PME – lui demande d’en reprendre en juin la présidence pour la Suisse romande, elle n’hésite pas longtemps avant de répondre positivement.

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Elle chapeaute désormais un jury constitué principalement d’hommes de plus de 50 ans. Cette expérience ne l’inquiète pas le moins du monde. Elle a l’habitude d’être à la tête d’équipes masculines. Sa société emploie 130 personnes, dont 80 hommes. «Le métier de déménageur requiert de la force. Et à ce niveau-là, hommes et femmes ne sont pas encore égaux. Mais le métier évolue. Et je compte bien intégrer un jour ou l’autre des femmes pour occuper des postes de chefs d’équipe», prévoit-elle, tout en commandant, dans un restaurant genevois, une portion de beurre pour tartiner les toasts qui accompagnent son steak tartare.

Isabelle Harsch est entrée à 26 ans dans la société familiale créée par son grand-père. «Je ne voulais pas être considérée comme la fille du patron qui prend tout de suite un poste à la direction. J’ai démarré comme coordinatrice des déménagements pour apprendre les rouages du métier», précise la jeune femme, qui a fait des études de droit à l’Université de Genève. «Mon grand-père a créé la société en 1957. Mon père l’a fait croître. Avec lui, elle est passée de 15 à 100 personnes. Il a lancé les déménagements à l’international et l’entreposage d’œuvres d’art. C’était une personne pétillante et enthousiaste. Quelqu’un d’incroyable», se souvient-elle, émue en parlant de son père emporté trop rapidement par la maladie.

Un déclic à Berlin

A l’âge de 10 ans déjà, il voyait sa fille, casse-cou et benjamine d’une fratrie de quatre enfants, reprendre l’entreprise. «Ma mère médecin, qui a travaillé toute sa vie dans la recherche fondamentale, m’a toujours conseillé de faire mes propres choix.» Le déclic opère à Berlin, lors de son année Erasmus. Fière de l’entreprise familiale, séduite par la possibilité d’être indépendante et d’occuper un poste à responsabilités, elle accepte de relever le défi. «Je dirige la société et j’en suis propriétaire, mais je ne l’ai pas reçue en cadeau, tient-elle à préciser. Mon père me l’a vendue.»

Depuis son entrée en fonction, Isabelle Harsch a troqué les baskets pour les talons hauts. «J’ai dû changer de tenue. Sinon, je fais beaucoup trop jeune.» Elle a aussi apporté sa note personnelle au niveau du management en supprimant certains échelons hiérarchiques et en nommant une quinzaine de managers avec qui elle prend des décisions opérationnelles.

Dans les chiffres noirs

«Chaque manager doit être acteur d’une décision qu’il pourra ainsi mieux défendre auprès de ses équipes. Il n’y a rien de pire qu’un chef d’équipe qui n’assume pas ses responsabilités. Avec des strates hiérarchiques en moins, l’information circule beaucoup mieux, affirme celle qui aime le contact avec ses employés. Je ne dirige pas une entreprise derrière mon ordinateur, en observant des chiffres de rentabilité.»

Elle a instauré plus de transparence. Une fois par année, elle présente des résultats détaillés à ses collaborateurs. «Mon père voulait protéger ses employés comme des enfants. Il préférait taire les performances de l’entreprise», se souvient-elle. Dans les chiffres noirs, sa PME enregistre un chiffre d’affaires de plus de 20 millions de francs, dont 40% résultent de l’entreposage et des déménagements d’œuvres d’art.

La société enregistre une croissance des ventes grâce à certaines acquisitions. «Je ne suis pas très shopping mais j’aime bien racheter des entreprises, affirme celle qui a repris les sociétés vaudoises de déménagement Bovy, mais aussi Cevey ou Transdem. Dans le marché du déménagement, il faut devenir grand. Certains cassent les prix pour obtenir des mandats. D’autres préfèrent racheter des entreprises concurrentes.»

Grosse concurrence

Et sur ce marché, la concurrence fait rage, notamment sur le plan international. «C’est compliqué au niveau européen. Un Genève-Londres coûte un tiers de moins si le transport est réalisé par une entreprise britannique. Les salaires ne sont pas les mêmes», justifie celle qui travaille essentiellement avec des déménageurs originaires de France ou d’Amérique du Sud.

«C’est un métier qui n’est pas valorisé. Pourtant, la profession nécessite des qualités indéniables. Il faut parler anglais, travailler en équipe, parer aux imprévus et avoir de l’entregent. Le client doit avoir confiance. Les cinq premières minutes sont déterminantes», souligne Isabelle Harsch, qui n’hésite pas à épauler ses équipes lorsqu’il s’agit d’effectuer, durant le week-end, des gros déménagements de plus de 300 postes de travail.

Elle loue le travail de ses déménageurs. Et avoue, avant de conclure, qu’il y a aussi un mauvais côté dans son métier: le licenciement. «C’est la pire partie du job. Mais, parfois, certaines relations doivent être arrêtées. Je ne veux pas de faux-semblants.»


Profil

2009 Erasmus à Berlin et décision de s’engager dans l’entreprise.

2011 Master de droit à l’Université de Genève.

2011 Débuts dans l’entreprise familiale.

2015 Reprise de la direction.

2016 Rachat de l’entreprise.

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