Israël s’attaque à l’évasion fiscale et vise la Suisse

Justice L’Etat hébreu accroît la traque des fraudeurs

Un conseiller d’UBS a été arrêté en juin dernier

A l’instar de ses consœurs européennes, l’administration fiscale israélienne accroît la traque des fraudeurs fiscaux. Et elle le fait savoir. Dernière étape de cette offensive, l’annonce la semaine dernière de l’arrestation en juin dernier d’un conseiller d’UBS. Cet employé de la première banque helvétique avait été interpellé, à peine débarqué de Suisse pour rencontrer des clients israéliens.

Dans la foulée, un membre de la représentation israélienne d’UBS, dont les bureaux ont été perquisitionnés, a également été arrêté. Ainsi que douze de ses clients, parmi lesquels un ténor du barreau, des industriels connus et les propriétaires d’une chaîne de cliniques spécialisées dans le traitement des dysfonctionnements sexuels masculins.

Cette offensive fait suite à l’inculpation ces derniers mois de plusieurs vedettes locales qui avaient «oublié» de déclarer une partie de leurs revenus. En outre, une nouvelle amnistie fiscale a été lancée en septembre dernier. Et un numéro vert destiné à recueillir les dénonciations anonymes a enregistré 22 500 appels ces six derniers mois. Six cents d’entre eux ont débouché sur le déclenchement d’une procédure judiciaire.

L’opération diligentée par le parquet financier est restée secrète jusqu’à ce que le tribunal de Haïfa autorise la publication d’une partie du dossier le 5 octobre. Pour ce que l’on en sait, les suspects auraient «omis» de déclarer de 40 à 50 millions d’euros au fisc de l’Etat hébreu. Mais les enquêteurs, qui ont travaillé de manière clandestine pendant plusieurs mois (écoutes téléphoniques, interceptions électroniques, filatures), ont pu décortiquer les méthodes de travail d’UBS. En effet, rapportent les enquêteurs, pour autant que les montants déposés en Suisse soient conséquents, un conseiller de la banque parlant l’hébreu se rendait régulièrement à Tel-Aviv pour y rencontrer les clients et prendre leurs ordres. Tout se déroulait de vive voix en évitant l’envoi de lettres, de fax et d’e-mails. Contactée, UBS a souligné ne pas faire l’objet d’une enquête et n’a pas voulu davantage commenter les propos des enquêteurs.

L’administration fiscale veut en tout cas faire de cette affaire un cas d’école car les enquêteurs sont tombés sur une mine d’informations sensibles en fouillant dans l’ordinateur du «conseiller» et de l’employé d’UBS. «Indépendamment des douze suspects en attente de jugement, nous avons trouvé beaucoup de noms. Nous allons donc contacter ces gens dans les prochaines semaines et leur demander des comptes», a déclaré Moshe Asher, directeur de l’administration des impôts. «Des centaines de millions d’euros vont rentrer dans les caisses de l’Etat, ce n’est plus qu’une question de temps.»

Et les autorités ciblent en particulier la Suisse: «De grandes banques suisses gèrent des comptes appartenant à des milliers d’Israéliens, disposant de millions d’euros. Nous suspectons que la plupart de ces fonds n’ont pas été déclarés aux autorités fiscales», expliquaient ces dernières début novembre.

Moshe Asher devait d’ailleurs se rendre en Suisse en octobre avec l’intention de rendre visite à des responsables bancaires dont il estimait qu’ils abritaient des comptes non déclarés de résidents israéliens pour obtenir des informations. Il souhaitait présenter le plan d’amnistie fiscale et convaincre les banques de pousser leurs clients à se régulariser dans ce cadre.

De l’argent qui viendra à point pour renflouer les finances d’un pays dont l’économie reste prospère comparée à celle des autres membres de l’OCDE, mais dont les finances ont notamment été mises à mal par l’opération «Bordure protectrice», les cinquante jours de guerre contre le Hamas dans le courant de l’été. Coût direct de cette guerre? Au moins un milliard d’euros auxquels s’ajoute une forte diminution de l’activité touristique ainsi qu’une baisse générale de l’activité économique.

Selon des données de la Banque mondiale, un cinquième de l’économie israélienne, soit 53 milliards de dollars, n’est pas déclaré. C’est deux fois plus qu’aux Etats-Unis, où cette part s’élève à 10%. D’après les statistiques de la Banque nationale suisse, les fonds déposés par des ressortissants de l’Etat hébreu en Suisse s’élevaient à 8,6 milliards de francs à la fin 2013.

«Des centaines de millions d’euros vont rentrer dans les caisses, ce n’est plus qu’une question de temps»