La plus grande incertitude pesait lundi sur l’avenir de la banque italienne Monte dei Paschi di Siena (BMPS), la plus vieille du monde, au lendemain de l’annonce de l’échec de sa cession par l’Etat à son concurrent Unicredit. Le gouvernement italien et Unicredit ont annoncé dimanche dans un communiqué commun l’échec des négociations en vue du rachat par la deuxième banque du pays d’une participation dans Banca Monte dei Paschi di Siena (BMPS).

Les discussions avaient été engagées en juillet dernier, alors que Rome cherchait à trouver preneur pour la part de 64% que l’Etat italien détient dans BMPS. La banque avait bénéficié d’un sauvetage public en 2017 avec une recapitalisation de 5,4 milliards d’euros. Cet échec serait dû au montant d’argent public exigé par Unicredit pour reprendre BMPS. Le quotidien Il Corriere della Sera a avancé le chiffre de 8,5 milliards d’euros.

Le gouvernement italien, qui selon la réglementation européenne doit trouver un repreneur privé d’ici la fin de l’année, devrait maintenant être contraint de «demander une prolongation» de ce délai à Bruxelles, selon une note d’experts de Morgan Stanley. La plus vieille banque du monde, considérée comme le maillon faible du système bancaire italien, devient ainsi un casse-tête pour le gouvernement de Mario Draghi, qui avait hâte de tourner la page de cette crise bancaire, l’une des plus graves de l’histoire italienne récente. «Le destin de BMPS ne semble pas très différent de celui de (la compagnie aérienne nationale) Alitalia», a commenté lundi le journal La Stampa. «Personne d’autre que l’Etat ne semble prêt à prendre en charge ses insuffisances.»

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Un échec surprenant

BMPS ne s’est jamais remise de l’acquisition désastreuse en 2007 de Banca Antonveneta, au double du prix estimé. Elle a ensuite été éclaboussée par un scandale impliquant son équipe dirigeante, accusée de fraude et de malversations. Fondée en 1472 à Sienne en Toscane, la banque aurait apporté à Unicredit environ 3,9 millions de clients, 80 milliards d’euros de prêts à la clientèle et 62 milliards d’euros d’actifs sous gestion. Unicredit apparaissait comme le repreneur idéal depuis l’ouverture des négociations par son nouveau patron Andrea Orcel, qui a pris ses fonctions en avril en affichant sa volonté de développer Unicredit.

Lorenzo Codogno, économiste et ancien haut responsable du ministre italien de l’Economie, s’est dit à l’AFP surpris de l’échec des négociations, car BMPS aurait été une acquisition idéale dans le plan du plan d’expansion d’Andrea Orcel pour sa banque. Selon lui, la banque et le ministère devraient reprendre «très bientôt» le chemin de la table des négociations.

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«Le gouvernement demandera une prolongation de trois ou six mois, et je crois que l’Europe accepterait cela. Mais ce serait très difficile qu’il obtienne un changement d’optique comme la nationalisation ou une intervention publique allant au-delà ce qui a déjà été fait», a-t-il dit. Aussi bien le gouvernement que Unicredit «devront tous deux revenir à la même table et trouver une solution», a-t-il conclu. Signe de sa fragilité persistante, BMPS a fini bonne dernière des cinquante banques européennes soumises à des tests de résistance, dont les résultats ont été publiés début août par l’Autorité bancaire européenne. Dans le pire des scénarios, BMPS ferait face à des fonds propres négatifs, avec un ratio de -0,10%, à l’horizon 2023.