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Né en 1948 à Rome, le nouveau ministre italien des Finances, Giovanni Tria, est un spécialiste de l'histoire de la pensée économique.
© Tony Gentile/Reuters

Portrait

En Italie, un ministre des Finances sur la ligne de crête

Giovanni Tria va rapidement se heurter à l'élaboration du budget et aux coûteuses réformes promises par les deux partis au pouvoir

Tout ça pour ça? Des promesses mirobolantes de baisses d’impôts, l’engagement d’abroger la réforme des retraites adoptée en 2011 puis de mettre sur pied un revenu universel, et, au-delà, l’ambition de mettre un terme à la «dictature» de Bruxelles et de Berlin… pour finalement nommer un très lisse et consensuel professeur d’université de 69 ans au poste de ministre de l’Economie et des Finances.

Mardi 19 juin, Giovanni Tria a présenté, avec deux bons mois de retard sur le calendrier prévu, crise postélectorale oblige, le document pluriannuel économique et financier fixant le cadre de l’action budgétaire que le gouvernement entendait mener.

Un parfait unanimisme

Ce texte, crucial parce qu’il lance un chantier semé d’embûches, celui de l’élaboration du prochain budget, préconise… le respect des engagements européens de l’Italie, une réduction du déficit budgétaire à 0,9% du produit intérieur brut (PIB) en 2019, et même l’équilibre en 2020. Cela revient à dire que la mise en œuvre des engagements pris par les deux forces composant la majorité, la Ligue (droite souverainiste) et le Mouvement 5 étoiles (antisystème), semble remise à des jours meilleurs.

Pourtant ce document, qui aurait légitimement pu susciter quelques questionnements, a été adopté par les deux chambres et, dans un parfait unanimisme, par les groupes parlementaires des deux formations au pouvoir.

Dans ce gouvernement italien peu orthodoxe, la présence de Giovanni Tria peut sembler incongrue. En réalité, elle est tout sauf un hasard. D’abord parce qu’elle est le résultat d’un compromis avec le président italien, Sergio Mattarella, qui avait refusé le candidat initialement choisi par la coalition, Paolo Savona, considérant que la nomination de cet économiste très anti-allemand constituerait un signal désastreux envers les partenaires européens de l’Italie et les marchés financiers.

Un ancien maoïste rassurant 

Aucun risque que la nomination de Giovanni Tria puisse être considérée, à Bruxelles, Paris ou Berlin, comme une déclaration de guerre. Plutôt proche de Forza Italia (droite modérée, actuellement dans l’opposition), le président de la faculté d’économie Tor Vergata de Rome est totalement acquis au principe de la baisse des déficits publics, et sa parfaite maîtrise du mandarin (un souvenir de ses engagements maoïstes de jeunesse) témoigne du fait que ses centres d’intérêt le portent au-delà des frontières de l’Italie – une caractéristique assez rare au sein de la Ligue et du Mouvement 5 étoiles.

Ensuite parce que, alors que la crédibilité du programme économique du gouvernement Conte est mise en doute par l’immense majorité des analystes, ses premières déclarations ont contribué à faire baisser la tension sur les marchés financiers. Offrant au nouvel exécutif un bien inestimable: le temps nécessaire pour se mettre en place, et lancer ses premières réformes, du moins les moins coûteuses, et, au premier chef, la lutte contre l’immigration.

Très prudent dans son expression publique, cherchant à ménager tant ses partenaires de coalition que Bruxelles et les marchés financiers, Giovanni Tria avance sur une très étroite ligne de crête, et n’a pour l’heure commis aucun faux pas.

Mardi, soulignant chaque fois que cela était possible sa volonté de travailler de concert avec l’Union européenne afin d’obtenir certaines flexibilités, le ministre de l’Economie n’a pas pour autant oublié de citer les «réformes structurelles» prévues dans le contrat de gouvernement – revenu de citoyenneté et «flat tax» –, précisant toutefois que leur mise en œuvre serait «progressive» et rendue possible par la présence de «couvertures financières adéquates».

Nécessaire «continuité»

Un discours très favorablement accueilli par le patronat italien, et même par le prédécesseur de Giovanni Tria, le très orthodoxe Pier Carlo Padoan, qui a jugé son successeur «parfait sur les investissements et les comptes publics», mais n’a pas manqué de souligner que «le cadre dessiné est incompatible avec le contrat de gouvernement, signé par la Ligue et le Mouvement 5 étoiles». Le lendemain, Giovanni Tria allait même encore plus loin, évoquant la nécessaire «continuité avec les politiques passées».

Naturellement, cette ligne assez conventionnelle n’est pas du tout du goût de plusieurs responsables de la Ligue et des 5 étoiles, au sein même du gouvernement. Les plus amers sont les membres de la Ligue. Pour le théoricien de la «flat tax», Armando Siri, secrétaire d’Etat aux Infrastructures, «il est important de veiller aux comptes publics, mais, sans flexibilité, il sera difficile de mettre en œuvre les mesures que nous voulons».

Du côté du Mouvement 5 étoiles, les réactions publiques sont plus rares, mais de nombreux responsables, dont le vice-premier ministre, Luigi Di Maio lui-même, se sont inquiétés du risque de voir remis en question le projet de «revenu de citoyenneté» censé voir le jour en 2019, pour des raisons financières.

Les discussions autour de l’élaboration du budget, à l’automne, s’annoncent très houleuses. D’autant que les deux hommes forts du gouvernement, Matteo Salvini et Luigi Di Maio, savent qu’ils n’auront d’autre choix que de faire avec Giovanni Tria. S’ils s’en prenaient à lui, ils savent qu’ils provoqueraient en un clin d’œil une tempête financière plus violente encore que celle qu’ils ont essuyée durant les derniers jours du mois de mai.

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