Bretton Woods

Ivanka Trump, chasseuse de têtes pour la Banque mondiale

La course pour remplacer le démissionnaire Jim Yong Kim est ouverte. Avec leur droit de veto, les Etats-Unis peuvent imposer leur candidat. Mais l’administration Trump a aussi de quoi dissuader tout concurrent

C’est gagné d’avance. Un Américain succédera à un autre Américain à la tête de la Banque mondiale. Le poste est à repourvoir après la démission inattendue de Jim Yong Kim la semaine passée. Elu une première fois en 2012 et reconduit pour un deuxième mandat en 2016 qui devait se poursuivre jusqu’en 2021, ce dernier a abruptement quitté l’institution pour prendre un poste dans un fonds d’investissement.

C’est Ivanka Trump en personne, la fille du président américain, qui est chargée de trouver la perle rare qui présidera la Banque mondiale durant les cinq prochaines années. Dans un premier temps, c’est bien son nom qui avait été articulé pour rendre la relève. A qui voulait le savoir, la Maison-Blanche a rappelé qu’elle en avait les capacités et l’expérience: en 2017, elle a lancé un fonds de 1,6 milliard de dollars pour aider les femmes des pays en voie de développement à créer des entreprises.

Candidature d’Ivanka Trump écartée

La candidature d’Ivanka Trump étant officiellement écartée, des prétendants se profilent. Notamment David Malpass, un haut responsable du Trésor américain, Mark Green, directeur de l’Agence des Etats-Unis pour le développement international, ou encore Nikki Haley, ancienne ambassadrice américaine auprès de l’ONU. Le nom de cette dernière est également mentionné pour porter le drapeau républicain dans la course à la Maison-Blanche en 2020, au cas où le président Trump ne serait pas de la partie.

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Les candidats ont entre le 7 février et le 14 mars pour soumettre leur dossier. La responsabilité du choix incombe au comité des directeurs, qui comprend 25 membres. La nomination interviendra peu avant les réunions de printemps des institutions de Bretton Woods, du 12 au 14 avril à Washington.

Le principe d’une sélection ouverte

Quoi qu’il en soit, tout laisse penser que la tradition sera respectée. Avec 15,98% des droits de vote et de surcroît avec un droit de veto, les Etats-Unis peuvent imposer un ressortissant américain pour succéder à Jim Yong Kim. C’est ainsi depuis 1944, année de la création du Fonds monétaire international (FMI) et de son organisation sœur, la Banque mondiale. Au FMI, la direction revient toujours à un Européen. L’actuelle directrice Christine Lagarde a ainsi remplacé, sans autre procédure ou consultation, son compatriote Dominique Strauss-Kahn, pris dans un scandale sexuel en 2011.

Et encore: Le FMI est appelé à se réformer pour être crédible

Le partage automatique du pouvoir au FMI et à la Banque mondiale entre Européens et Américains suscite toutefois des critiques depuis des années. D’autant plus que le rapport des forces entre pays a évolué depuis 1944. Ce fait est reconnu et c’est ainsi qu’en 2011 les administrateurs de la Banque mondiale ont approuvé le principe d’une sélection ouverte et indépendante de la nationalité des candidats, fondé sur le mérite et la transparence.

Qui osera défier l’administration Trump?

En 2012, Scott Morris était un haut fonctionnaire de l’administration Obama et avait alors travaillé pour l’élection de Jim Yong Kim à la tête de la Banque mondiale. «C’était tout de même la première fois qu’une candidate non américaine et crédible – l’ancienne ministre des Finances du Nigeria Nzogi Okonjo-Iweala – avait défié les Etats-Unis», se souvient-il.

A présent, Scott Morris est l’un des dirigeants du Center for Global Development, une importante association d’information et d’entraide basée à Washington, Londres et Bruxelles. A ce titre, il affirme que la course à la présidence de la Banque mondiale est bel et bien ouverte, en principe.

En revanche, il ne voit pas de pays ou groupe de pays défier l’administration Trump lorsque celle-ci présentera officiellement son candidat. «Tout dépendra des Européens, qui voudront ou pas aller à l’encontre des Etats-Unis. Mais l’oseraient-ils, dans la mesure où ils ont besoin du soutien américain pour occuper la première place au FMI?»

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