«Après cinq années, j’ai décidé de quitter Twitter et de prendre du temps pour moi». Voilà, publié dans la nuit de mardi à mercredi, sur le réseau social, le mot de départ d’Adam Messinger, directeur technique de Twitter. Son annonce passerait quasiment inaperçue si elle n’était pas la dernière d’une liste qui commence à s’allonger.

Le 10 novembre, c’est le directeur d’exploitation Adam Bain, bras droit du patron-fondateur Jack Dorsey, qui quittait l’entreprise. Et le 25 janvier dernier, pas moins de quatre vice-présidents, représentant quatre des neuf membres de l’équipe exécutive, annonçaient leur départ. En y ajoutant, dans la nuit de mardi à mercredi, la démission d’un cinquième vice-président chargé des produits, Josh McFarland, l’on se rend compte de la pression qui s’accroît sur les épaules d’un seul homme: Jack Dorsey.

Un directeur, deux sociétés

L’homme, cofondateur du réseau social, était venu en catastrophe remplacer Dick Costolo fin 2015 à sa tête. Depuis, Jack Dorsey n’a pas convaincu les investisseurs, qui attendent que la société, fondée il y a dix ans, affiche ses premiers bénéfices. Twitter n’a toujours pas gagné d’argent. Et Jack Dorsey est sous pression: régulièrement, analystes et investisseurs l’invitent à choisir entre Twitter et Square. L’homme est aussi directeur de cette société permettant à tous les commerçants d’accepter les paiements de carte de crédit. Depuis son entrée en bourse, en novembre 2015, Square a vu son action progresser de près de 13%. En parallèle, celle de Twitter reculait de 10%.

Accusé de se disperser entre les deux sociétés, Jack Dorsey a tenté d’agir cette année. En octobre il décidait de licencier 9% des effectifs de la société, soit environ 350 postes sur 3860. Une année auparavant, 8% des effectifs étaient déjà passés à la trappe. En parallèle, la fermeture, «dans les prochains mois» de Vine, l’application diffusant de courtes vidéos, avait été annoncée en octobre dernier. Vine avait été rachetée par Twitter en 2012.

«Twitter est cuit»

Pas de quoi enthousiasmer les analystes. L’un des plus négatifs, de Global Equities Research, publiait dans la nuit de mardi à mercredi une note, relayée par CNBC. Selon Trip Chowdhry, «Twitter est cuit» et «ne vaut même pas 10 dollars» (ndlr: l’action vaut aujourd’hui 17,9 dollars). Selon l’analyste, les données fournies par Twitter sont «mauvaises», citant les sondages avant l’élection présidentielle américaine se basant sur le réseau social. «Si la qualité des données est mauvaise, le ciblage publicitaire est mauvais, et s’il est mauvais, les annonceurs ne sont pas contents et du coup la «monétisation» va demeurer un défi pour Twitter», affirme l’analyste.

Cet été, les rumeurs voyaient plusieurs sociétés, dont Disney, s’intéresser à un rachat de Twitter. Mais rien ne s’est produit.

Audience stable

Le réseau social fait face à la défiance des annonceurs. Mais aussi à une audience qui semble plafonner. Au troisième trimestre, les utilisateurs réguliers étaient 317 millions, contre 313 millions au trimestre précédent. Aux Etats-Unis, si Facebook revendique un taux de pénétration de 51%, Twitter n’affiche en comparaison que 16%, selon la société de recherche eMarketer. Côté résultats, Twitter a vu, au troisième trimestre, son chiffre d’affaires augmenter de 8% à 616 millions de dollars, pour une perte de 103 millions (contre 132 millions un an auparavant). Jack Dorsey affirme que les premiers bénéfices devraient intervenir en 2017.


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