«J’ai été recruté. Je n’étais pas demandeur»

Etre aujourd’hui l’un des premiers banquiers français après avoir œuvré comme secrétaire général adjoint de l’Elysée sous Nicolas Sarkozy, chargé de l’économie et… des banques peut s’avérer un exercice compliqué. Mis en examen, puis renvoyé en novembre 2014 devant le tribunal correctionnel pour «prise illégale d’intérêts», soupçonné d’avoir abusé de sa position pour obtenir sa nomination à la tête du Groupe BPCE, François Pérol revient, pour Le Temps, sur ces accusations. Une situation d’autant plus emblématique que l’intéressé est, depuis septembre 2014, président de la Fédération Bancaire Française à la tête de laquelle il a remplacé Jean-Laurent Bonnafé, administrateur directeur général de BNP-Paribas.

Le Temps: Vous êtes énarque. Vous avez travaillé à l’Elysée. Vous dirigez maintenant l’un des premiers groupes bancaires français. Parcours logique?

François Pérol: Il ne faut pas être énarque pour être banquier en France! Je ne regrette en rien mon parcours. J’ai été haut fonctionnaire et ai servi l’Etat durant seize ans. Mais votre question met le doigt sur une réalité: les élites françaises, aujourd’hui, sont insuffisamment diversifiées. Les grandes écoles continuent d’être la «voie royale», alors que d’autres profils méritent d’accéder aux plus hautes responsabilités. Cela dit, ne soyons pas naïfs: les réseaux d’influence, les lieux de recrutement privilégié des élites existent dans tous les pays. La France manque sans doute de dirigeants au profil très international. Mais ça bouge.

– Il y a aussi des cas de conflits d’intérêts, en cas de passage direct de la haute fonction publique au secteur privé. L’on vous reproche d’avoir été nommé à la tête du groupe BPCE dans la foulée de votre passage à l’Elysée, comme conseiller de Nicolas Sarkozy. Le Tribunal correctionnel de Paris, saisi de cette affaire, statuera en juin. Que répondez-vous?

– Je redis ce que j’ai toujours affirmé. J’ai été recruté par les conseils des Banques Populaires et des Caisses d’Epargne pour mener à bien leur fusion à un moment, en mars 2009, où ces deux groupes bancaires connaissaient de très sérieuses difficultés. Ils avaient besoin d’un profil capable de mener des opérations stratégiques de gestion de crise. Ai-je profité de ma position comme conseiller du président? Non. Je n’étais pas demandeur. Les accusateurs, un ancien employé du Groupe BPCE et certaines organisations syndicales, me prêtent un pouvoir que je n’avais pas.

– Tout de même, l’Elysée, ce n’est pas le plus mauvais poste pour se reconvertir dans le privé…

– Je ne me suis jamais servi de ma position pour influencer mon recrutement. Il y aura un procès à la fin du mois de juin. J’y rappellerai précisément les faits. J’imagine que toutes les questions me seront posées. J’y répondrai.

– Votre statut de «justiciable» est-il compatible avec vos fonctions de patron du groupe BPCE?

– Je me consacre à ma mission et je l’assume complètement. J’ai été reconduit pour quatre ans, en novembre 2012 à la présidence du directoire. Nous avons présenté, en février dernier, un bénéfice net en hausse de 4,8% à 3,1 milliards d’euros. Notre filiale Natixis affiche pour sa part un profit de 1,13 milliard, soit + 17%. C’est la meilleure preuve de mon engagement.

– Vous n’êtes donc pas handicapé par ces poursuites?

– Je dirige pleinement le Groupe BPCE. Et j’ai, pour le faire, la confiance de mes actionnaires.