A quoi ressemblent les pièces en euros? C'est sans doute l'envie de le savoir enfin qui a poussé tant de gens à se précipiter dans les banques, les bureaux de tabac ou les postes de toute la France, vendredi matin, malgré le froid glacial. Un petit sachet de plastique transparent. Quarante pièces de monnaie. On achète, on tripote le sachet. On le secoue. Bruit de ferraille. On le met dans sa poche. On commente aussi, au comptoir, quand on a acheté son kit au bar-tabac: «J'ai l'impression de revenir en arrière, avec ces rouges. Je n'en avais plus vu depuis longtemps», dit un client. Il y a huit pièces: 1, 2 et 5 cents (on a aussi le droit de dire centimes), ce sont les pièces rouges; 10, 20, 50 centimes, 1 et 2 euros.

Ce qui frappe d'abord, à part les rouges, c'est l'absence de grosse monnaie, comme nos pièces de 5 francs. Les 2 euros font 2,575 centimètres de diamètre et sont légèrement plus petits que nos pièces de 2 francs. Les euros paraissent légers. Ils sont assez faciles à distinguer. Les cannelures de leurs tranches sont toutes différentes, ce qui permet de les reconnaître au toucher. La pièce de 20 centimes porte par exemple des encoches profondes espacées. Alors que celle de 50 centimes porte des cannelures régulières et marquées.

Faces personnalisées

L'une des faces est unique pour toute la zone euro. L'autre est nationale. Vous pourrez trouver des pièces datées de 1999, puisque la frappe a commencé dès cette année-là. En France, les pièces de 1, 2 et 5 centimes figurent le visage de Marianne. Celles de 10, 20 et 50 centimes, la Semeuse. Celles de 1 et 2 euros, l'arbre de la fraternité.

Les Français risquent de faire très rapidement la connaissance des pièces espagnoles, avec leur portrait de Cervantès, puisque le Ministère des finances a acheté 100 millions de 50 centimes pour faire face à toute éventualité. La production française a en effet été ralentie par des grèves qui se sont produites sur le site de fabrication à Pessac, près de Bordeaux.

Les organisations syndicales, qui ont déposé un préavis de grève dans les établissements bancaires pour le 2 janvier 2002, tentaient hier une répétition générale à la poste et à la Banque de France. La mobilisation, très faible, n'a eu pratiquement aucun effet sur la distribution des kits. Pas plus que la démarche de Charles Pasqua, qui a déposé un référé devant le Conseil d'Etat pour la suspendre. Selon lui, l'euro n'existe pas juridiquement, puisque lors du référendum sur le traité de Maastricht, les Français ont bien ratifié la création d'une monnaie unique, «mais le nom de cette monnaie était l'écu». Un baroud d'honneur souverainiste, sans doute, mais qui montre, a contrario, le poids symbolique de la nouvelle monnaie.