Brésil

Jair Bolsonaro, la nouvelle recrue du néolibéralisme

Après avoir défendu les intérêts des militaires et le protectionnisme, le nouveau président brésilien s’est fait le chantre du laisser-faire. Il aura du mal à faire passer ses réformes devant un parlement fragmenté

On l’avait affublé du sobriquet de «Trump des Tropiques», de «chantre de l’extrême droite» ou «d’antisystème». Les prises de position homophobes ou racistes du candidat Jair Bolsonaro, ancien capitaine de l’armée, ont défrayé la chronique politique, ses promesses de combattre la violence par la violence ont séduit les électeurs brésiliens. Mais quel sera le programme économique du président Jair Bolsonaro, élu dimanche soir?

«On ne le connaît pas», déplore Stéphanie de Torquat, macrostratégiste chez Lombard Odier. «D’ordinaire, au Brésil, tout se passe dans l’entre-deux-tours. Or Jair Bolsonaro a été convalescent suite à son agression au poignard ou n’a pas participé aux débats télévisés.»

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Le candidat des marchés

Les marchés semblent pourtant l’accueillir avec enthousiasme. La devise brésilienne s’est appréciée de 11% face au dollar et l’indice de référence Ibovespa a gagné 8% durant le seul mois d’octobre. Le leader du Parti social-libéral (qu’il a opportunément rejoint en janvier) a promis d’en finir avec le «modèle social-démocrate» et de faire tomber les barrières à l’importation dans une économie réputée hostile aux investisseurs étrangers.

Avant de se placer sous la houlette de Paulo Guedes, économiste formé à l’Ecole de Chicago, Jair Bolsonaro avait passé l’essentiel de ses 27 ans au Congrès à défendre les intérêts corporatistes des militaires. Son probable ministre de l'Economie, des Finances et du Commerce s’est, lui, déjà exprimé en faveur d’une «accélération du rythme des privatisations». En ligne de mire: les activités de la compagnie pétrolière d’Etat Petrobras, connue du grand public pour avoir été impliquée dans une affaire de corruption et de blanchiment d’argent à grande échelle, et Electrobras.

Mais, pour Stéphanie de Torquat, l’essentiel est ailleurs. Après s’être contractée de près de 3,5% par an entre 2015 et 2016, l’économie a retrouvé des valeurs positives. «Du point de vue des investisseurs, la seule chose réellement importante est la réforme du système de retraite», estime la spécialiste des marchés émergents. Avec sa population vieillissante de 209 millions d’habitants, les pensions des fonctionnaires à la retraite représentent près d’un tiers des dépenses publiques. Insoutenable, alors que le déficit courant atteint plus de 7% du PIB.

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Le mur des retraites

Une telle réforme s’est pourtant déjà heurtée plusieurs fois aux portes du parlement brésilien, qui compte une myriade de partis. «Les marchés se sont surtout réjouis de la non-élection du candidat de gauche Fernando Haddad. Bolsonaro aura du mal à construire des alliances parmi les trente partis du Congrès.»

L’enthousiasme des marchés risque donc d’être de courte durée. «Pour profiter de la hausse des actifs brésiliens, il fallait acheter du real mi-septembre. Sur les six à huit prochains mois, le potentiel de mauvaises nouvelles est plus important.»

Après avoir basé toute sa campagne sur la lutte contre la criminalité et la corruption, Jair Bolsonaro devra adopter un tout autre discours pour convaincre les Brésiliens. Il a par contre largement évité de parler de la tonalité de son programme économique. Alexandre Schwartsman, ancien directeur de la banque centrale, prévient déjà, cité par Bloomberg: «Il n’a pas de mandat pour une révolution néolibérale.»


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