La Jamaïque veut profiter du tourisme de l’herbe

Loi L’île des Caraïbes légalise à son tour la consommation médicinale de cannabis

«Legalize it», chantait Peter Tosh dans un album enregistré en 1975 à Kingston. Quarante ans plus tard, le chanteur de reggae, mort en 1987, a été entendu. Mardi soir, le parlement a décidé d’autoriser – officiellement – la consommation de marijuana en Jamaïque. Mais sous certaines conditions. Les rastafaris – membres d’un mouvement spirituel créé dans les années 1930 – pourront ainsi fumer librement, être en possession de 57 grammes de marijuana et cultiver jusqu’à cinq plans de cannabis. Ceux qui en font un usage médicinal, scientifique ou thérapeutique pourront également se procurer une licence leur permettant d’acheter de l’herbe et de fumer en toute légalité.

Le débat sur la légalisation du cannabis faisait rage depuis des décennies sur l’île des Caraïbes. Les autorités craignaient jusque-là qu’une décriminalisation ne viole des traités internationaux et n’entraîne des sanctions, notamment de la part des Etats-Unis. Elles espèrent désormais pouvoir profiter d’un tourisme de fumeurs à usage médical. Le ministre jamaïcain du Commerce, Anthony Hylton, ne le cache pas: l’industrie du cannabis représente «un très grand potentiel» pour la Jamaïque, a-t-il souligné mardi.

C’est que les événements se sont précipités ces derniers mois. Alors qu’en Suisse une réflexion sur la légalisation est toujours d’actualité, l’Uruguay est devenu le premier pays, en mai 2014, à réguler toute la chaîne de production du cannabis sous l’autorité de l’Etat. Et cela afin de mieux combattre le trafic de drogue. Surtout, les Etats américains sont toujours plus nombreux à légaliser la marijuana. Après le Colorado et l’Etat de Washington, c’est l’Alaska et le district de Columbia – où se trouve la capitale Washington – qui ont autorisé son usage récréatif cette semaine. L’Oregon suivra le 1er juillet. Sans compter les nombreux Etats qui autorisent déjà son usage médical.

Un business florissant

Au Colorado, le business est si florissant que les autorités pourraient devoir reverser une partie des taxes prélevées sur la vente d’herbe aux contribuables. Comme le prévoit la loi. Chaque habitant pourrait recevoir 7,63 dollars, rapportait le magazine RollingStone fin janvier. Sur l’année 2014, les taxes prélevées sur la vente de marijuana (30%) ont rapporté 690 millions de dollars à l’Etat. Soit 30 millions de plus que le montant maximal d’impôts prévu par une loi de 1992. Si bien que les démocrates comme les républicains veulent limiter, voire supprimer cette loi. Et que l’argent récupéré soit investi dans des campagnes de sensibilisation ou la formation de policiers.

En attendant, les ventes de cannabis ont bondi de 74% en un an aux Etats-Unis pour atteindre 2,7 milliards de dollars.