La chronique des changes

Janet Yellen fera bouger le dollar cette semaine

La présidente de la Réserve fédérale américaine, Janet Yellen, sera auditionnée aujourd’hui par le Congrès américain sur l’état de l’économie américaine et sur la conduite de la politique monétaire de la Fed et son orientation. Une audition semestrielle particulièrement surveillée compte tenu des spéculations grandissantes sur le calendrier du premier relèvement de taux de la Fed depuis 2006.

Janet Yellen pourra difficilement s’abstenir d’envoyer un signal dans un sens ou dans l’autre, avec à la clé une vive réaction des taux de change du dollar. De nombreux participants au marché doutent que la Fed ait un besoin urgent de relever ses taux au vu du contraste saisissant entre sa politique monétaire et celles mises en œuvre par les autres banques centrales: taux d’intérêt abaissés au Canada, en Norvège et plus récemment en Suède; lancement d’un véritable assouplissement quantitatif par la Banque centrale européenne le 1er mars. En outre, la vigueur du dollar américain depuis six à huit mois engendre une décrue de l’inflation aux Etats-Unis.

Le débat interne suggéré par le procès-verbal de la réunion du Federal Open Market Committee (FOMC) a tourné en faveur de ceux qui plaident pour une amorce plus tardive du prochain cycle de relèvement des taux de la Fed, voire pour un statu quo. Il faut cependant également tenir compte du contexte au sein duquel la réunion a eu lieu: l’appréciation du dollar américain venait de connaître une remarquable accélération, le choc lié à l’abolition du taux de change plancher entre l’euro et le franc suisse datait d’il y a moins de deux semaines et le rapport sur l’emploi aux Etats-Unis en décembre s’était avéré quelque peu décevant.

Mais on ne peut exclure une rhétorique plus orthodoxe que prévu de la part de Janet Yellen, une position qui créerait une surprise d’autant plus grande que le marché ne s’y attend pas du tout.

La politique monétaire a 9 à 12 mois de retard sur l’économie. Par conséquent, il ne s’agit pas d’examiner les conditions présentes mais de comprendre comment les tendances déjà à l’œuvre évolueront dans les mois à venir, avec ou sans intervention politique. Les signes de pénurie de main-d’œuvre qualifiée se multiplient aux Etats-Unis et, si la tendance actuelle se poursuit, le taux de chômage y avoisinera 5% vers le mois de septembre. Pendant combien de temps la Fed pourra-t-elle se permettre d’attendre? Janet Yellen a si souvent insisté sur le fait que la Fed n’écartait aucune option entre l’orthodoxie et la souplesse. Et l’une des options qu’elle souhaiterait avoir est celle d’un relèvement des taux au mois de juin si les chiffres de l’emploi continuent à s’améliorer rapidement ce printemps. Mais les cours du marché et du dollar américain reflètent plutôt une Fed frileuse… Peut-être que Janet Yellen n’a pas peur. Si tel n’est pas le cas, le rebond du dollar reviendra avec une ardeur redoublée.

* Analyste et stratège en devises auprès de Saxo Bank