La Réserve fédérale américaine (Fed) devrait relever d’un quart de point son taux directeur à l’issue de sa réunion de mardi et mercredi. Le coût du crédit évoluera alors entre 1,25 et 1,5%. Ce léger resserrement a été largement anticipé par les marchés qui ont les yeux désormais rivés sur les projections conjoncturelles 2018. «Celles-ci pourraient être revues à la hausse du fait que le Comité monétaire tiendra sans doute compte en partie de l’impact du récent paquet fiscal en voie d’être approuvé par le Congrès», commente Valentin Bissat, économiste chez Mirabaud AM à Genève.

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Mais, au-delà de cette réunion, c’est la présidente de la Fed, Janet Yellen, qui attire aussi l’attention. Elle animera une conférence de presse mercredi en fin de soirée, sa dernière en tant que présidente de la Fed, même si son mandat expire officiellement en février 2018. Elle avait été nommée par le président Barack Obama en 2014 et était éligible pour rempiler pour quatre autres années. Le président Donald Trump en a toutefois décidé autrement et a choisi le républicain Jerome Powell, un ancien banquier et déjà membre du Comité monétaire. «Pendant quatre ans, Janet Yellen a poursuivi la politique d’expansion monétaire mise en place par son prédécesseur, Ben Bernanke», dit le chef économiste de Mirabaud AM. Ce dernier avait en effet présidé la Fed pendant une période délicate marquée par la crise des «subprime», un fort ralentissement de l’activité économique et un taux de chômage proche de 10%.

Chômage historiquement bas

«Janet Yellen quitte une économie américaine en pleine forme, poursuit Valentin Bissat. Le taux de chômage est descendu à un niveau historiquement bas, à 4,1%, et la croissance est au rendez-vous, à 2,3% en 2017.» Seul bémol, l’inflation – 1,4% en 2017 – est loin de son objectif de 2% par année. Dans une chronique publiée par le Financial Times de mardi, l’auteur fait remarquer que Janet Yellen a surpassé tous ses prédécesseurs depuis l’abandon de la convertibilité en or du dollar en 1971 et si l’on tient compte de l’indice de la misère, qui marie l’inflation et le taux de chômage. Le quotidien financier souligne aussi que les bourses américaines sont en pleine forme depuis quatre ans.

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Mais Janet Yellen laisse-t-elle l’économie américaine dans de bonnes mains? «Lorsqu’il était candidat à la Maison-Blanche, Donald Trump a régulièrement critiqué la présidente de la Fed, l’accusant de mener une politique monétaire trop accommodante [dépensière], explique Valentin Bissat. Président, il a non seulement approuvé la politique des taux bas, mais il a aussi maintenu Janet Yellen comme potentielle candidate à sa propre succession. La nomination de Jerome Powell ne devrait pas constituer un grand bouleversement.»

Vers une politique monétaire restrictive

L'économiste de Mirabaud AM fait encore remarquer que la présidente de la Fed a dessiné le programme pour 2018. «Elle a déjà ancré le rythme de la réduction du bilan de la Fed à hauteur de 10 milliards de dollars par mois et jusqu’à 50 milliards d’ici à fin 2018, explique-t-il. Ainsi la Réserve fédérale va-t-elle vers une politique monétaire plus restrictive.»

Valentin Bissat souligne encore que la stabilité institutionnelle est garantie aux Etats-Unis. A moins qu’il y ait de grands bouleversements. A surveiller, selon lui, les nouveaux arrivants qui remplaceront neuf des douze membres votants au Comité monétaire en 2018.

La BCE et la BNS

Jeudi, ce sera au tour de la Banque centrale européenne (BCE) de passer en revue la politique monétaire de la zone euro. En principe, aucune décision majeure n’est attendue, si ce n’est les détails de l’initiative de ramener les achats d’actifs à 30 milliards d’euros par mois jusqu’en septembre 2018. Selon Valentin Bissat, la BCE révisera aussi la croissance et l’inflation à la hausse.

La Banque nationale suisse (BNS) se réunira elle aussi le même jour. Les analystes n’attendent pas de changement de la politique monétaire, d’autant qu’elle ne n’évoque plus un franc surévalué. «A ce stade, la BNS n’augmentera pas son taux directeur, estime Valentin Bissat. En tout cas, elle ne prendra pas l’initiative avant la BCE.»