Au cœur des marchés

Janet Yellen ne joue-t-elle pas dangereusement avec la crédibilité de la Fed?

La Réserve Fédérale américaine a introduit une référence particulière aux développements internationaux pour justifier ses décisions de politique monétaire. François Savary reste convaincu qu’il s’agit d’une erreur qui pourrait être lourde de conséquences

Depuis l’automne 2015, la Réserve Fédérale américaine a introduit une référence particulière aux développements internationaux pour justifier ses décisions de politique monétaire. Je reste convaincu qu’il s’agit d’une erreur qui pourrait être lourde de conséquences. La Fed n’est pas la banque centrale du monde que je sache! Si les grands argentiers américains veulent déterminer leur taux d’intérêt en fonction des besoins de l’économie internationale qu’ils s’engagent de manière totalement transparente dans un processus de coordination avec leurs homologues européens, japonais ou chinois.

Le rebond des bourses depuis la mi-février doit beaucoup à de nouvelles injections de liquidités dans le système (BCE) mais aussi au choix de la Fed de mettre la pédale douce sur le processus de normalisation des taux d’intérêt américains. Les niveaux d’évaluation des principaux marchés actions, les risques politiques et géopolitiques importants, les perspectives économiques modérées et une croissance des bénéfices décevante suffisent à expliquer pourquoi.

La Fed pourrait s’en réjouir mais attention aux conséquences futures. Je m’explique. Lorsque Ben Bernanke a lancé la politique d’ajustement quantitatif, celle-ci a été conçue comme un outil exceptionnel pour répondre à la menace de dépression qui planait sur l’Amérique. Quand les conditions économiques ont semblé donner des signes d’amélioration, Bernanke n’a pas hésité à provoquer le célèbre «taper tantrum», même s’il a reculé face à la réalité des statistiques américaines finalement trop faibles.

Le cas de Madame Yellen est différent. La perception de son action est en train de changer. On sait que la cheffe de la Fed penche naturellement dans le sens d’une politique monétaire très accommodante pour atteindre ses objectifs, quitte à se montrer «moins regardante» sur le risque d’inflation.

Ce qui nous ramène à l’introduction explicite des développements internationaux dans le discours de la Fed à l’automne 2015. Cette mention semble être apparue fort à propos pour ne pas relever les taux alors que les conditions domestiques auraient pu le justifier. On ne peut pas échapper au sentiment désagréable que la mécanique initiée par Ben Bernanke est ainsi inversée. Si ce dernier a usé de la politique quantitative à une fin précise (éviter la dépression) on est désormais dans une logique où l’on tente simplement de justifier le maintien du QE sous n’importe quel prétexte.

La référence vague aux développements internationaux devient alors bien commode. Toutefois, ce phénomène est dangereux car il réduit la compréhension de la conduite de la politique monétaire américaine et écorne la crédibilité de la Fed. La poursuite de cette tendance constitue une menace pour les actifs risqués. Dès lors, il faut espérer que cette référence dans le discours de la Fed disparaîtra aussi rapidement que possible!

Publicité